Publié le 26 Juillet 2017

               Je ne sais pas si on peut  arrêter de fumer si on a pas toutes les cartes en main.  personnellement ça fait des dizaines de fois que j'essaie.

 

Je ne sais pas si celle ci sera la bonne, ce n'est pas le plus important, enfin la cigarette n'est pas vraiment le problème en fait.  Mais que ce soit ce mode là de remplacement qu'on ait choisi n'est pas une bonne chance de réussite.

 

Il y a deux éléments :

Le fait de prendre  quelque chose, un substitut

Le fait que ce soit la cigarette

 

On ne sait rien de ce qui va se passer quand on arrête la cigarette, pour ma part personne ne m'avait avertie.

 

Je l'ai découvert au fur et à mesure de mes tentatives .

 

On peut encore moins s'en rendre compte lorsqu'on utilise des techniques extérieures pour arrêter.

 

Pour beaucoup d'entre nous, (je parle du nous générique, nous autres humains) nous avons besoin d'aide pour affronter la vie.

Non pas qu'elle soit difficile à affronter pour tous,  c'est  une question de positionnement personnel (et  de contexte...) face à notre part d'existence .

 

Très idéalistes, nous pensons que nous sommes pétris d'appétit et d'enthousiasme à l'aube de notre vie, que le bébé naît sans ombres, mais que les ombre s'accumulent au fur et à mesure qu'il grandit, par l'affrontement aux autres et aux difficultés extérieures.

 

En réalité , et nous le savons  également, nous naissons avec nos fées, mais aussi avec nos démons.

 

Le tabac est arrivé en France en tant que plante médicinale, elle a des propriétés anti douleur  et anxiolytiques, entre autres.

Ça je l'ai appris en fouinant sur internet car comme fumer est le mal, aucune des occurences des premières pages sur le sujet ne vous en parlera en bien. 

 

Donc lorsqu'on arrête de fumer, il y a plusieurs étapes :

La plus facile, je trouve, c'est gérer le manque des premiers jours,  la décision est toute fraîche et notre volonté aussi.

On se rend tout de même compte qu'on dort moins bien, sinon mal, qu'on se réveille plus tôt, qu'on mange plus, et souvent du sucré.

Au bout de 15 jours,  d'autres phénomènes se rajoutent: 

Pour moi, ça a été des coups de pompes monumentaux, et surtout, les premiers moments de redécouverte de mes démons.  C'est à dire des instants, parfois des moments, parfois des journées, de désespoir total, profond, insoluble, inexplicable.

 

Sur certains forum, vous verrez des témoignages de personnes qui disent avoir pleuré tous les jours.

 

Donc à ce moment là , si on n'est pas au courant, on craque, car la seule chose au monde qui peut nous sauver, c'est de fumer . Et ce n'est pas qu'une illusion.

 

Si on savait, on continue, courageusement,  et on va commencer à avoir quelques  très belles surprises,  des journées de forme splendide, l'odorat, le merveilleux odorat qui vient nous donner les clés de paradis olfactifs..

 

Et surtout la sensation de revenir se connecter avec soi, honnêtement, réellement.. et librement.

 

 

J'en suis à mon je ne sais combientième essai,  mais c'est la premiere fois que les choses m'apparaissent aussi clairement.

 

Pourquoi nous enfermons nous avec une addiction?

Je pense que c'est simplement pour nous fuir nous même, fuir nos démons,  

Fumer représente plusieurs choses, au delà du simple geste social.

Il représente une récompense, certes,  mais aussi un arrêt sur image. une pause stop sur la vidéo.

Chaque cigarette nous met en retrait de la vie et de nous-même, comme si on sortait du champs, comme si on devenait simplement spectateur.

 

Cela correspond à la façon dont nous voulons appartenir au monde: comme des participants à un jeu de société, libre de s'en écarter à tout moment si on en ressent le besoin.

C'est comme si la vie était une rivière et que nous ressentions le besoin de rejoindre la berge pour observer le flux.

Mais pourquoi?

je pense que ça rejoint la sensation qu'on a quand on perd ses parents.

 

Lorsque jai perdu ma mère, 10 ans après mon père.  le désespoir avait la forme de : à quoi bon.

J'avais perdu mes propres spectateurs. Nos parents sont notre public permanent , approbateurs ou non, mais toujours présents , inaliénablement présents:  on est jamais seuls.

 

Nos compagnons, enfants, amis ne remplissent pas ce rôle, ils sont sur la même île que nous, pas nos parents.

 

La cigarette est comme cette terre ferme  quelque part qu'on rejoint dès qu'on se sent perdu.

 

Mes démons ils sont là :  la peur de la perte du sens,

C'est comme une eau noire au fond de moi, que je ne peux pas affronter,  

 

Je ne veux pas, je ne peux pas la reconnaître alors qu'elle voisine avec ce sentiment de merveilleux que j'ai aussi face à la vie.

 

                                                                                     ************

 

Cela fait maintenant 1 mois et demi

 

L'équilibre est fragile, mais j'entraperçois l'acceptation.  Et une sorte de fierté d'être nue devant ce que je suis, de ne pas mettre de protection à regarder la réalité.  Un peu moins de peur.

 

A suivre....

 

 

 

Anne

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Rédigé par Planeth

Publié le 16 Avril 2017

La maison du Lot -2

Être ici est comme ouvrir un livre d'image. Il y a tout.

Tout ce que je n' oserais imaginer, tout ce qui me manquait, tout ce qui me rassure, tout ce qui me caresse. Je n'ai plus à penser , je n'ai plus à me tendre, c'est comme un flux d'eau fraiche sur mon visage, sur ma soif, pas de passé, ni d'avenir, pas de tremblement, pas de souvenirs, pas de projet. Je pourrais rester immobile car tout ce qui est là autour me nourrit.

 

D'être ce sous-bois, ces oracles de vert, la spirale de la buse, la chute du vent..

Je n'ai pas cherché à être, ni à devenir, j'ignore ce que je suis, ce que les autres font, j'ignore ce qu'est la vie.

Mais je suis , je veux être là, car là est la logique, le sens, la direction. Près de la rivière, au milieu des bois, toucher la pierre, entendre ma joie.

Il y a une terre pour chacun, qui l'éclaire. Qui ignore ses besoins n'en peut plus de chercher un assouvissement, il a faim, il a soif, il quémande, il prie, il croit, il achète, il commande, il hurle.

Et il y a une île au milieu de tout ça, c'est comme une porte qui apparaît , comme si elle avait toujours existé

mais moi je sais bien que je suis passée cent fois sans la voir.

On croit que l'on doit s'adapter, encore, encore, trouver un sens, justifier,  mais que la marque de notre pas se pose exactement dans la trace qui lui était destinée, alors tout s'efface, le sort est rompu, la malédiction s'évapore.  C'est notre point d'orgue, notre point d'équilibre parfait, si parfait qu'on a du mal à y croire, on rit, on tremble, presqu'on s'excuse de cette jubilation.

Ce n'est pas un bateau, ça n'est pas une voile, ce n'est pas une terre promise, ce n'est pas un objet qui s'achète, ce n'est pas une amitié ni un amour.

C'est.

Quand je ne suis plus personne, c'est que je suis vraiment... Je suis, parmi tout ce qui est, ni plus, ni moins.

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Rédigé par Planeth

Publié le 2 Avril 2017

Cette nuit

 

Un grand boum retentit dans le noir . "Oh, c'est quoi ce bruit" murmure M dans son sommeil.

Et moi, je me tiens immobile, aux aguets, les yeux ouverts, ou bien fermés, quel était ce bruit, si proche, comme un objet lourd qui tombe

Mon esprit cavale, j'entends des cliquetis maintenant. Puis un autre bruit , plus proche, il vient de la porte.

Cette maison est hantée, j'en suis convaincue, puis pas vraiment. Y a-t-il eu des morts ici, oui probablement, comme partout, peut-être des morts violentes, peut-être des pendus.

J'ai une image d'enterrée vivante, mes cheveux se dressent sur ma tête

Il n'y a plus aucun bruit, tellement pas de bruits que c'en est inquiétant.

De nouveau, ma raison s'agite, enchevêtrée d'images. Je crois voir une silhouette, mais j'ai les yeux fermés.

J'ai presque la tentation de tirer la couette au dessus de mes yeux.

Et puis je pense:

S'il y a vraiment des bruits, des bruits de fantômes, alors j'aurai la preuve que tout ça existe bien . Et c'est assez satisfaisant au fond, cette éventuelle certitude. Et puis ensuite, j'aurai le choix, le choix d'avoir peur, ou pas.

Après tout, si cela existe, cela fait bien longtemps, et nous nous côtoyons, cette étrangeté et moi.

Et bien plus du temps du Manoir.

Comme j'ai dû avoir peur, quand j'y habitais seule.

Et dire que j'allais faire pipi, la nuit, dans la tourelle. Je revois bien le long long couloir, les fenêtres rangées à droite, par où entrait la lumière de la lune, froide, sur la cour presque hostile.

Oui, là, j'avais de bonnes raisons d'être terrifiée, et puis les histoires de cette maison. Yves Mahyeuc , cloîtré jusqu'à la fin de sa vie dans la petite pièce. Les réfugiés dans le grenier. Les bébés squelettes du petit jardin.

 

Et puis fatiguée de toutes ces peurs, je m'endors tranquillement.

 

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Rédigé par Planeth

Publié le 20 Janvier 2017

   

 

  L'eau du canal a gelé par endroit.        Mais on aperçoit pas toujours la glace, ..  on voit une branche posée sur l'eau, comme portée par le souvenir de la glace.

                  *******

Je l'ai trouvée, la porte.  La porte qui donne sur le vide. 

C'est bizarre, c'est exactement comme si ça avait toujours été la porte qui donne sur les fantômes. La porte qui fait peur.

Je l'ai trouvée en méditant.  Il n'y a plus personne qui parle dans mon casque, rien que le gong du début et le gong de la fin

Et entre les deux je navigue, enfin non, c'est moi qui fait l'eau.

Je suis de l'eau.  

Pas tout le temps, parceque le caquetage reprend sans arrêt,                                                 Le défilement d'images aussi,  assez brutal,  parceque je m'efforce de l'éloigner et parfois il surgit comme s'il avait du retard à rattraper.                                                                                    Mais les mots,  les mots sont tout le temps là,  ils se collent, et eux , c'est très difficile de s'en débarrasser.                                                                                                                                    Mais parfois il n'y a plus rien.                                                                                                         Juste une sensation diffuse, comme si j'étais de l'eau,  et ce rien m'est aussi attirant, ausi douillet qu'un duvet, c'est du rien magnifique.

Du coup je me mets à le chercher partout ce rien,  dans la journée,   quand je cours, quand j'ai envie de fumer.                                                                                                           

Ce vide, ce rien, est un bel objet poli et translucide, dans lequel je peux entrer,  

 

et après ?

*********

 

 L"imagination est une vraie calamité, pour plein de choses dans la vie, on serait bien mieux sans imagination.                                                                                                                           Peindre avec l'imagination qui court à côté comme un chien, c'est un emmerdoir.                    Elle passe son temps à raconter des choses qui ont l'air bien intéressantes comme ça , de loin, mais si on s'avise de les utiliser, ça devient convenu, banal, moche comme tout

 

L'imagination quand on a des sens, c'est une plaie.  Ça fait un vacarme épouvantable dans la tête et ça nous empêche complètement de faire attention à ce que nos sens nous disent.

 

ça rejoint ma rencontre avec le rien

 

Les mots, ce gros tas de mots,  si on arrive à le laisser dans un coin, sage , pas bouger,  on se retrouve cru, nu, à même..

 Et l'histoire commence à être autrement plus intéressante.

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Rédigé par Planeth

Publié le 12 Septembre 2016

Re sentir

 

 

Plus j'avance (en âge... ben ouai..)   et plus je deviens sensible , aux odeurs, aux sons, au maux, aux états émotionnels.

Ma tête bruisse non plus du fourmillement de projets à mettre en œuvre mais du fourmillement de sensations collectées, bonnes et mauvaises.  Il me semble presque être devenue extra sensible de l'odorat et de l'ouïe , plus que je ne l'ai  jamais été. 

Mon goût aussi s'est affiné,  et je rejette maintenant bien des choses à peu près consommables qui ne me gênaient en rien auparavant. Du coup mon instinct de satiété  a enfin décidé de faire son job ,  je suis capable maintenant de m'arrête de manger avant que mon estomac n'explose.

 

Il en est de même pour les ressentis internes,  des petits va et viens de notre état ,  des affections diverses et bobos en tout genres.  Je suis devenue intolérante au moindre cafouillage.

 

J'ai toujours eu des tas de pétouilles plus ou moins handicapantes et agaçantes.  Une migraine qui tenait la partie gauche de mon crâne et de ma figure entre l'enclume et le marteau pendant deux ou trois jours,   une allergie saisonnière qui me saisissait les narines, les yeux et le fond de la gorge tout au long de l'été,  voire, certaines périodes , presque tout l'année,  me voyant traîner des mouchoirs trempés et devenir maître dans l'art de me gratter le fond de la gorge avec ma langue (absolument inefficace)

  Des douleurs diffuses,  hanche gauche ,  épaule,  coude...

Bref  le lot commun d'à peu près beaucoup de gens sur terre,

 

Jusqu'à il y a quelques mois (enfin un bon paquet maintenant)  je l'acceptais,  pas avec philosophie,  en râlant et en traînant ça comme un gros tas de linge sale, mais continuant à faire ce que j'avais à faire .

 

Je me rends compte que petit à petit,  je n'accepte plus,  ni les maux de tête , ni l'estomac qui me crachote des injures à chaque fois que je lui impose mes fantaisies, ni le sommeil  abscons et fuligineux,  que mon niveau de tolérance est au plus bas pour toutes ces pétouilles.

 

Mais en parallèle , mon niveau de sensibilité à toutes les émanations de l'environnement , qu'elles soient artificielles ou naturelles,  est devenu extrêmement élevé.  Ce qui me procure soit des éblouissements d'émerveillement , soit des petits enfers, purgatoires et autres purges asphyxiantes..

 

C'est pas pratique...  Mais c'est absolument magnifique au fond.

 

 Pour m'abstraire de mes pétouilles, j'ai dû faire une étude drastique des habitudes inadaptées,  des mauvais réflexes, des choix malencontreux,  J'en ai fait d'autres qui me ramènent dans le monde du sommeil, de l'estomac qui ne crachote plus d'injure comme une vieille cafetière , des muscles et des articulations  aimables , etc...

 

Et dans le même temps,  une odeur me suffit  pour me retrouver transportée sur le tapis volant,  ou précipitée aux enfers.. 

 

A ce propos,  je suis d'accord que les relents de tabac dans les lieux publics, c'était moyen,  mais il y a quand même sacrément pire avec les eaux de toilettes,  les sprays d'ssous d'bras qui puent et les ignobles parfums dont s'inondent les genss pour aller en ville, ou dans les supermarkets. Moi j'en meurs , personnellement..

 

Les nettoyants parfum chamallowchwingum du métro,  la saveur pomme artificielle dans l'escalier de l'immeuble,  le désodorisant des toilettes de ma voisine du dessus qui a l'outrecuidance  de coloniser les miennes .

 

Je me baladais en vélo sans problèmes, il y a un ou deux ans , en pleine ville,  sans ressentir la moindre gêne.

Aujourd'hui, je peux détecter l'augmentation de la pollution d'une journée à l'autre, 

 

C'est pas pratique

 

Mais l'odeur de l'eau et sa multitude de combinaisons me picote d'extase,  même l'eau qui coule en ville. 

Les micro choses sont devenus plus importantes que les tonitruantes,  je préfère regarder de quelle façon les pigeons qui sont en face , discutent  ou se disputent plutôt que les infos.

Il me semble que les humains n'ont pas le sens des priorités ni des proportions.. Alors je n'essaie plus de comprendre la politique ou l'économie , mais de quelle façon cette plante se développe (oui celle-là).

 

La différence, je pense, se situe dans mon cerveau.

  Je suis passée du  :"je pense que j'aime cette odeur parce que..", à    : "cette odeur entre dans ma peau, dans mon corps et change tout se qui se passe à l'intérieur"

Je suis passée de l'intellectualisé  au ressenti  brut .... enfin..... 

 

Les ressentis sont importants,  ils sont essentiels, ils sont vitaux,  ils sont inaliénables, ils sont la sève de la vie.    Ben j'ai quand même mis 50 balais avant de me laisser l'autorisation d'en profiter à plein ..; :D

 

 

 

PS: je suis d'accord, mon texte n'est pas très cohérent, concis, construit, etc.., mais comme la plupart du temps je trouve maintenant même absurde d'écrire,  quand les mots veulent bien se poser, je laisse faire !

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Rédigé par Planeth

Publié le 11 Avril 2016

photo F.Patay

photo F.Patay

Adhérences

 

C'est une difficulté terrible pour moi de "laisser envoler l'oiseau".

Je suis dans  le chaos de la rencontre de deux mers qui ne veulent pas cohabiter,  ma part sage et ma part sauvage.

J'ai failli arrêter de peindre il y a quelques années car mon travail, classique, policé, "respectueux" ne présentait plus aucun intérêt pour moi.

En recommençant à peindre, en  2003 ou 2004 ,  j'étais sûre de désormais m'accorder la liberté attendue,

 

Mais  12 ans plus tard  je constate que mes liens sont encore bien présents,  qu'ils se sont resserrés même,  doucement, sagement, pernicieusement.

 

Rompre avec , la décision n'est pas difficile à prendre, intellectuellement..  Mais physiquement c'est un duel  , le besoin de parfaire, de soigner, l'idée de labeur est toujours à rôder.

 

C'est comme si,  en travaillant sur ma toile,  je regardais s'éloigner au fur et à mesure de mes coups de pinceau, de mes coups de couteau , l'horizon, le vent, la soif, la poussière,  tout ce qui était en germe aux premiers gestes, et qui peu à peu s'ensevelit dans le convenu,  l'imagerie.

Un chien à la chaîne qui entendrait hurler un loup ne se sentirait pas plus prisonnier que moi.

 

Je dois faire avec les variations de mon esprit et de mes ressentis, qui d'un jour à l'autre passent de la quête la plus pressante pour l'"autre chose"  à une sorte de quiétude complaisante qui me rend absolument aveugle et sourde et me fait accumuler les couches, les reprises, les arrangements.

Il me faudrait 15 toiles en suspens pour ne plus avoir la tentation de les ensevelir, de les engluer.

Et pourtant, quand j'ouvre ce volet, comme elle est joyeuse , l'envie,

redécouvrir le très sensuel et riche bonheur de poser  la matière sans calcul , d'observer comme de très loin ce qui se passe à l'insu des prérogatives.

L'autre moi. Il est là , dissimulé avec ses poils rêches , ses oreilles mobiles, ses griffes usées 

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Rédigé par Planeth

Publié le 17 Septembre 2015

Parfois je suis des morceaux,, des îlots dépareillés, dispersés

Et dans ce temps là, je réfléchis à ce que je suis, et aux raisons qui m'occupent mais

Le résultat est insatisfaisant, menteur, inadéquat

 

Dans ce temps là il ne faut pas se définir, et chercher d'explications extérieures.  Ce n'est qu'en moi même que je suis éparse, difficile à rassembler, inconnue à mes propres sens;

 

Les émotions parcourent ma planète interne comme les ouragans sur les 40ème , elles s'emmêlent, se diffusent comme des lambeaux de nuages , irréconnaissables.

 

C'est juste d'apprendre à les regarder filer, sans leur accrocher de rubans, c'est juste de s'asseoir et de les contempler, désarçonnée, oui, lourde, oui, patiente, oui.

guêpiers d'Europe sur l'Aliso (Corse)

guêpiers d'Europe sur l'Aliso (Corse)

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Rédigé par Planeth

Publié le 4 Septembre 2015

 

Cette nuit je me suis demandée pourquoi je dormais enfin, ...

 

Ce lieu

 

Le lit est un véhicule particulier,  un embarquement, une plate forme de lancement, un arrêt en plein désert, désolant,  une plaque bouillante sur laquelle on tourne et retourne comme un poisson sur le grill.

 

J'ai dormi dans le même petit lit bateau de mes 2 ans à mes 18 ans et plus,  alors même que ce lit s'est trouvé déménagé dans d'innombrables endroits. 

Ma chambre était un lieu fixe qui voyageait dans l'espace:  le lit bateau, la grosse armoire bretonne, le petit secrétaire,  ils étaient les trois gardiens . 

 

Dans l'appartement de Pau, j'avais à peine la place de me glisser de l'un à l'autre, ils s'étaient rapprochés de moi comme si le monde extérieur avait rétréci..  Puis dans la grande maison de Jurançon, ils sont partis loin dans  l'immense pièce,  mais là, c'était l'époque où je traversais ma chambre terrorisée le soir,  me sentant plonger dans une nuit fourmillante d'esprits.

 

L'espace du lit était toujours le même. J'ai commencé à toucher le panneau du fond vers 14 ou 15 ans je pense.  Un espace sécurisé.  Un ciel et un sol proches de ma tête et de mes pieds.  Je planquais mon linge sale dans les creux du fond du lit,  mes journaux et bouquins tombaient dans l'espace entre le sommier et le flanc de bois. Le sommier, déformé, plein, grinçant. Le matelas devait être en laine je suppose, avec des gros boutons effilochés que je sentais sous le drap.

 

Il oscillait , comme souvent les lits bateaux, entre ces deux grands montants, comme une barque à l'attache.

 

Plus tard, dans la grosse maison familiale, en Bretagne, j'ai retrouvé un espace de navigation nocturne  dans le même genre , mais beaucoup plus gros. 

Une chance,  dans cette maison pétrifiée par le froid (ohhh l'hiver 85)  c'était le seul lieu de tiédeur possible.  Je grimpais à son bord et m'enfonçait dans le matelas déformé,  amassant au dessus de moi deux ou trois couettes  dépareillées.

Un nid,    j'étais dans son creux , au milieu, ensevelie, cachée comme un oeuf. J'y amenais à manger, des piles de bouquins, des cahiers, mon chien en gardait  l'accès. 

 

Mes nuits étaient des plongeons dans les profondeurs, avec parfois au milieu juste assez de lucidité pour traverser les grands couloirs éclairés de lune, descendre les marches d'ardoise jusqu'aux toilettes d'en bas, en automate, puis remonter  en sautillant, avec ce petit bruit clair et mat que fait le pied nu sur la pierre.

Pas d'insomnies...

 

 

Puis, plus de lit bateau..  pendant toutes ces années.

Des espaces plats, plus ou moins souples, techniquement travaillés, récents ou pas, largeurs variables... mais plats ,  et de plus en plus fermes... Parce que c'est ça qu'on se dit: il faut un lit "ferme".

 

Mon lit actuel est grand et ferme...

 

Mais ici, dans ce lieu, je me suis faite accueillir dans les grands bras d'un lit bateau. La même famille exactement, ,avec ce matelas déformé et plongeant, compact, comme un grand corps de mère.  Et la couette au dessus..

 

Et je dors.

 

 

 

Chantelle,  Septembre 2015

Rennes 69

Rennes 69

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Rédigé par Planeth

Publié le 3 Août 2015

Je suis retombée ce matin sur ce texte de Mai 2013,  écrit suite à une expérience de RED (rêve éveillé dirigé), il m'était complètement sorti de la mémoire

Allégeance

J'ai tiré la corde et au bout il y avait un morceau de bois pourri.

Le déclencheur : certainement, le fusil  de  l'arrière-grand-père (RED) qui mène à l'idée de cette lignée dont les mots d'ordre ont été : domination, ordre, contrôle.

Et aussi le rêve que j'ai fait l'autre nuit, sur ces énormes troncs pourris qui me menaçaient et que j'ai fait tomber à terre.

La maison porteuse  : Le Manoir

Si je suis du doigt cet arbre généalogique, je sens les aspérités, les duretés, les accrocs, le peu de don pour le bonheur. Mon frère, mon père , ma grand-mère et certainement mon grand-père, mon grand-oncle Camille, tous minés par une dépression larvaire, une aspiration vers une mélancolie mortifère et improductive.   Camille , tuberculose.  Papa,  suicide inconscient,

A nous cinq, mes quatre frères et moi, nous avons eu trois enfants.

Comme une branche qui finit par se rabougrir et sécher.

Chez moi, trois allergiques, poumon fragile

Cette maison nous a pesé, nous a miné. J'ai senti son poids, sa présence parfois hostile

.Nous avons eu raison de la vendre, et je comprends mieux pourquoi je me suis débarrassée de tous  les objets que j'avais pu conserver d'elle.

Peu importe ce qui a pu nourrir cette chose en elle, des événements du passé, cela ne nous concerne plus.

Il y a d'autre choix que la mélancolie et la tristesse, aucune espèce de fierté à tirer de cela.

Je ne veux plus me laisser écraser par cette relation à ma généalogie, cette fidélité, cette allégeance.

Les hommes, et parfois les femmes de la famille Patay se sont comportés comme des despotes, imposant leur loi, une certaine idée de la morale et du contrôle. Les choses qu'on doit faire, ce qu'on doit penser,  Il y avait l'époque, il y avait le lieu, une famille entièrement dévolue à la guerre en 14/18,   récupérant ses deux fils d'à peine 20  abîmés à vie, souffrants à vie .

Mon père envoyé à 13 ans par son père comme « volontaire » pour déblayer  les corps dans un train dévasté par une explosion en gare de Rennes. 

La dureté chez mon père, sa mélancolie permanente.

 

Un choix.

Je suis libre.

Je fais le choix de la joie , et de créer encore et encore .

Ce passé m'appartient, il est en moi , comme il est dans mes deux fils, mais il doit rester à sa place, comme un stigmate , une cicatrice refermée. 

photo F Patay

photo F Patay

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 1 Août 2015

Pas à pas

 

Et voilà,  de nouveau intranquille et obligée de fouiller au fond de moi pour reposer mes mains sur les choses palpables. Le changement de lieu, sans doute ,  les étoiles, et le reste..

Alors se forcer à rester là sans courir au dehors,  se forcer à se retrouver en soi-même, sans manger le reste du monde,  nourrir ma soif avec mes propres ressources,  retourner à la terre, retourner à la construction, sur mes deux jambes, mon ventre tranquille, mes poumons calmes, mes yeux dans les prochaines formes à parcourir.. 

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Rédigé par Planeth