Les temps gris

Publié le 14 Mai 2015

C'est drôle, je viens de voir "Des enfants gâtés" , c'est un film de 77, et j'y retrouve exactement quelque chose.. le moche.... Il est tellement réel, c'est tellement exactement ce dont je me souviens.

 

Une époque moche, grise, triste.

Les fringues, moches, les immeubles moches, les velleités de modernisme avec des couleurs atroces.

 

Je l'ai su, que j'avais trouvé les choses moches , petite, parce que quand je suis repassée dans certains coins, je me suis souvenue de ce que j'en ressentais à l'époque.

 

Je ne me le disais pas, mais y avait une sorte de vague à l'âme permanent, de nausée.

Parce que le moche rend malade.

On dit qu'on ne progresse pas beaucoup, l'humanité, nous, mais quand même.

Y avait plein de gens comme mes parents, des espèces de couples mal assortis, des trucs dominants/dominés, bourreaux/victimes, enfermés dans ce qu'il faut faire.

Ma mère qui s'habillait avec des tenues de dame, et j'avais l'impression que c'était des déguisements, mon père en costume pour aller travailler..

Les pantalons en tergal, le lycra, la R16 avec la couverture rouge et noire qui sentait la vieille poussière chaude. L'autoritarisme, du père, de l'instituteur, des institutions, du médecin.

En 74, on a habité en appartement. Un immeuble pas trop vilain, avec des arbres à côté. Mais dans l'appartement tout était petit, tout était moquetté, y avait de l'électrité statique partout. On entendait la dame du dessus qui marchait avec ses talons, le chien d'à côté qui aboyait sur le bord de la fenêtre. Les chasses d'eau . Mon père qui criait "tais-toi", au chien, et traitait les voisines de pêtasses et de salopes. J'avais encore des cheveux longs .

C'est gigantesque le progrès qui a été accompli, les gens se rendent compte, leur vie, le goût de leur vie, le choix, le truc primitif qui fait s'assoir au bord de l'eau, étreindre un arbre, la liberté d'être qui on veut.

 

On a du mal avec ça, la liberté d'être qui on veut, mais plein de gens sont capables autour, alors ça donne envie, comme une grande prairie qui descend.

Le film fini, je suis allée dans la rue, et j'avais un sourire pas voulu, parce que cette ville elle est belle même dans les coins pas terribles, parce que les gens sont comme ils sont.

 

Les temps gris

Rédigé par Planeth

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