Publié le 29 Mars 2015

Les bébés tendent les bras pour atteindre les choses, les gens, et les ramener vers eux, les serrer contre leurs petits corps, les avaler goulument , les enduire de leur salive, et penser que toutes ces choses tous ces gens font partie d'eux , sont à eux.


C'est normal, c'est vital.... à cet âge.


J'aime donc je dois posséder, ... un bébé sait ça. C'est son leitmotiv, son objectif. Si ça ne marche pas il hurle, il souffre, il manque.


Combien de bébés ne se sont jamais départis de ce réflexe d'appropriation.. Combien sommes nous ?


Je me rends compte seulement maintenant, pour ma part, que l'instant le plus excitant, le plus magique, le plus poétique, le plus générateur de plénitude est cet instant où nous ne faisons que poser les yeux sur ce qui nous attire, ce que nous trouvons beau,
parce qu'à cet instant, il n'y a aucun souci pragmatique de "comment je vais faire pour l'avoir" et surtout aucun poids, aucune place à rajouter dans le ventre de notre égo, de nos possessions... On est obligé d'être totalement là pour épouser notre sensation, dans cet instant, jolie leçon... Car si nous sommes dans un besoin d'appropriation, nous ne sommes déjà plus à même d'être vraiment présents. Comme le touriste qui admire les chutes du Niagara derrière sa caméra.


C'est debout derrière la fenêtre de mon appartement que j'admire les jardins avoisinants, les arbres vus de dessus, les silhouettes des toits, et je me dis: si j'étais dans le jardin, je ne verrais pas tout ça.


Je me suis rendue compte à quel point je m'étais endurcie, enveloppée d'une couche protectrice, isolée pour ne pas ressentir trop fort les choses. On ne décide pas ces choses là, elles se font toutes seules.
Au moment où je déboutonne ce scaphandre, je m'aperçois que l'extérieur est doux à recevoir, intense, changeant, alors, peut-être je n'ai pas à vouloir attraper le choses et les ramener dans mon terrier pour les flairer, peut-être je peux juste ... être.

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Rédigé par Planeth