Publié le 16 Avril 2017

La maison du Lot -2

Être ici est comme ouvrir un livre d'image. Il y a tout.

Tout ce que je n' oserais imaginer, tout ce qui me manquait, tout ce qui me rassure, tout ce qui me caresse. Je n'ai plus à penser , je n'ai plus à me tendre, c'est comme un flux d'eau fraiche sur mon visage, sur ma soif, pas de passé, ni d'avenir, pas de tremblement, pas de souvenirs, pas de projet. Je pourrais rester immobile car tout ce qui est là autour me nourrit.

 

D'être ce sous-bois, ces oracles de vert, la spirale de la buse, la chute du vent..

Je n'ai pas cherché à être, ni à devenir, j'ignore ce que je suis, ce que les autres font, j'ignore ce qu'est la vie.

Mais je suis , je veux être là, car là est la logique, le sens, la direction. Près de la rivière, au milieu des bois, toucher la pierre, entendre ma joie.

Il y a une terre pour chacun, qui l'éclaire. Qui ignore ses besoins n'en peut plus de chercher un assouvissement, il a faim, il a soif, il quémande, il prie, il croit, il achète, il commande, il hurle.

Et il y a une île au milieu de tout ça, c'est comme une porte qui apparaît , comme si elle avait toujours existé

mais moi je sais bien que je suis passée cent fois sans la voir.

On croit que l'on doit s'adapter, encore, encore, trouver un sens, justifier,  mais que la marque de notre pas se pose exactement dans la trace qui lui était destinée, alors tout s'efface, le sort est rompu, la malédiction s'évapore.  C'est notre point d'orgue, notre point d'équilibre parfait, si parfait qu'on a du mal à y croire, on rit, on tremble, presqu'on s'excuse de cette jubilation.

Ce n'est pas un bateau, ça n'est pas une voile, ce n'est pas une terre promise, ce n'est pas un objet qui s'achète, ce n'est pas une amitié ni un amour.

C'est.

Quand je ne suis plus personne, c'est que je suis vraiment... Je suis, parmi tout ce qui est, ni plus, ni moins.

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Rédigé par Planeth

Publié le 2 Avril 2017

Cette nuit

 

Un grand boum retentit dans le noir . "Oh, c'est quoi ce bruit" murmure M dans son sommeil.

Et moi, je me tiens immobile, aux aguets, les yeux ouverts, ou bien fermés, quel était ce bruit, si proche, comme un objet lourd qui tombe

Mon esprit cavale, j'entends des cliquetis maintenant. Puis un autre bruit , plus proche, il vient de la porte.

Cette maison est hantée, j'en suis convaincue, puis pas vraiment. Y a-t-il eu des morts ici, oui probablement, comme partout, peut-être des morts violentes, peut-être des pendus.

J'ai une image d'enterrée vivante, mes cheveux se dressent sur ma tête

Il n'y a plus aucun bruit, tellement pas de bruits que c'en est inquiétant.

De nouveau, ma raison s'agite, enchevêtrée d'images. Je crois voir une silhouette, mais j'ai les yeux fermés.

J'ai presque la tentation de tirer la couette au dessus de mes yeux.

Et puis je pense:

S'il y a vraiment des bruits, des bruits de fantômes, alors j'aurai la preuve que tout ça existe bien . Et c'est assez satisfaisant au fond, cette éventuelle certitude. Et puis ensuite, j'aurai le choix, le choix d'avoir peur, ou pas.

Après tout, si cela existe, cela fait bien longtemps, et nous nous côtoyons, cette étrangeté et moi.

Et bien plus du temps du Manoir.

Comme j'ai dû avoir peur, quand j'y habitais seule.

Et dire que j'allais faire pipi, la nuit, dans la tourelle. Je revois bien le long long couloir, les fenêtres rangées à droite, par où entrait la lumière de la lune, froide, sur la cour presque hostile.

Oui, là, j'avais de bonnes raisons d'être terrifiée, et puis les histoires de cette maison. Yves Mahyeuc , cloîtré jusqu'à la fin de sa vie dans la petite pièce. Les réfugiés dans le grenier. Les bébés squelettes du petit jardin.

 

Et puis fatiguée de toutes ces peurs, je m'endors tranquillement.

 

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Rédigé par Planeth