Palais de sable -2

Publié le 18 Septembre 2007

Palais de sable -2



En continuant  à dérouler la bobine, qu'est-ce que je trouve?

Cycliquement je me sens redevenir nomade, je me projette ailleurs, et enverrais volontiers tout valdinguer autour de moi, tout balayer, pour ne garder que l'essentiel: les trois mecs qui forment ma famille.
Je me suis toujours méfiée de cet état d'esprit là. Une fois de plus l'éducation me rattrape par le col pour me souffler: "Dis donc ma belle, c'est quoi ces envies: fuir? Faire tomber le chateau de cartes pour le remonter ailleurs? C'est mal, tu sais? Ca veut dire que tu n'as pas de constance, pas de fidélité, pas de patience...Il faut construire lentement et durablement, et conserver chaque acquis. Tu gaspilles , mon enfant, tu es instable!  "

    Si j'avais résisté, jeune adulte, à l'appel du sac à dos, je serais peut-être toujours en train de frotter la sciure de mes boots usés, la clope roulée au coin du bec et en train de lancer comme au premier cours mes directives éraillées: "demi-voooolte!" 
Si je n'avais pas fait 10 clubs, restant 8 jours là, un mois ici, comment en serais-je arrivée à la conclusion que ce métier n'était pas fait pour moi?
Si j'avais eu de la constance à l'époque, je me serais pliée, adaptée, engoncée dans un rôle qui n'était pas le mien.

Donc revenons à nos moutons: partir, c'est mal, rester c'est bien. C'est ce qu'on a essayé de m'inculquer. En déménageant tous les deux ou trois ans, pas facile.
Donc ça n'a pas marché.
Mais m'en reste toujours l'empreinte, et donc une certaine culpabilité à l'idée de ne pas respecter ces consignes .
Où je suis, je plante des arbres, je plante des graines d'amitié, avec l'espoir de voir pousser et fructifier tout ça, et un peu  d'angoisse à l'idée de devoir le gérer dans le temps.

Mais l'obsession, tenace, est tapie: Rester c'est mourir un peu, et non l'inverse.
Je sais bien moi, que la répétition, les habitudes, les automatismes ensevelissent le temps. Les journées qui se ressemblent finissent par n'en faire plus qu'une. Trois jours ailleurs, et c'est un monde qui s'est déplacé, tout ce qu'on voit, tout ce qu'on ressent est différent. Trois jours à la maison sont trois jours comme les autres, noyés, rapides comme l'éclair.
En voilà bien, une idée adolescente: vouloir vivre chaque journée à 100%! (ça c'est ma petite voix interne, elle est insupportable, ironique, sceptique, elle me juge tout le temps)

Non bien-sûr, mais tout de même, pas au rabais.

En ce moment, j'ai l'impression de vivre à la retraite. Très bien, mais dans un truc doux moëlleux, confort, sans risques (enfin...presque..), et au soleil.
Il y manque le flot de la vie, on dirait qu'on est "à côté". C'était sûrement nécessaire, j'ai travaillé à l'abri, forgé ma conviction de peintre qui n'était qu'une petite feuille timide sous le vent .

Et maintenant je rêve de me risquer de nouveau, de nager fort, de voir les autres, la vie fourmillante sur la terre ferme.

Raser mon chateau de sable pour en construire un autre.

 
 

Rédigé par Planeth

Publié dans #pensées dans le miroir

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abigail 30/09/2007 18:16

bonjour Aneth,
je viens de lire ce texte sur "partir, rester..." que tu as écrit peu de temps après notre rencontre à Biguglia... comme tu sais, j'ai quitté la "flaque de soleil"... c'ets pas toujours marrant mais tu as raison, ça "excite" un peu les électrons du présent de changer d'air...jusqu'à ce qu'on ait envie d'un retour à un état stable... (qui n'est qu'un leurre, on le sait bien)...
Cette impression de "vivre à la retraite", je l'ai eu aussi...ça vient peut-être des iles... maintenant que je suis revenue dans "le flot de la vie" comme tu dis, avec les embouteillages, les foules, les gens qui courent ... je me sens toute petite, avec des montagnes de difficultés autour de moi... des gens trop doués pour moi, trop talentueux, trop sociables, trop intelligents, trop "tout"... nouvel objectif: transformer ces difficultés en opportunités... faut que j'me calme et je vais y arriver. .. et retrouver l'aisance que j'avais il y a quelques années dans cette vie "continentale"...Voilà c'était la petite note d'une fille "qui a rasé son chateau pour en construire un autre" ... ( choix judicieux ou complètement à côté de la plaque???)

Planeth 30/09/2007 20:24

Hello Abigaïl! Des nouvelles , des nouvelles, tu me racontes par mail stepl? "des gens trop doués pour moi, trop talentueux, trop sociables, trop intelligents, trop "tout"Pas plus que toi,  non mais!!

papa de Lili 18/09/2007 13:51

Comme je vous comprends! La route m'a pris un jour et j'aime à dire que durant 20 ans j'ai été payé pour m'amuser! Mais il faut aussi un port, un endroit ou planter une graine, un arbre. Par forcemment pour soi mais pour les autres, ceux qui viendrons plus tard! Ensuite il faut faire au mieux et laisser le hasard choisir! Amitiés

Planeth 18/09/2007 15:04

Ah oui, le hasard a son mot à dire, et il faut le laisser filer sa trace, et nous donner des pistes..

Alain Maigne 18/09/2007 13:06

Je suis venu un peu par hasard sur votre site mais je savais que je ne serai pas déçu. En effet, les liens de Lois ne laissent jamais indifférents Vous les femmes, vous avez une sensibilité, que nous les hommes cachons souvent.  A travers vos écits se dégagent de l'espoir et, de la crainte , une envie de voguer et un désir de rester, une soif de découverte des autres et des lieux  et un attachement aux racines.Le charme féminin  résulte de la complexité de votre âme, de vos pensées. Ne changez pas.  

Planeth 18/09/2007 15:01

wow, merci Alain,  et de ta visite, et de ta vision poétique de ces êtres échevelés et insupportables que sont les nanas  !! ;0))

laurence 18/09/2007 12:02

C'est rigolo parcequ'en ce moment je me fais les réflexions inverses.J'apprécie de plus en plus la vie que j'ai ici.Je rale parfois après le travail (non après les horaires en fait) mais j'aime ce que je fais et j'ai la chance d'exercer avec des collègues que j'apprécie réellement et de qui je me sens proche.Par exemple en ce moment l'une d'entre elle vit un drame et l'équipe s'est soudée pour la soulager.Dimanche dernier super ballade à 15Kms de chez moi (pas besoin d'aller loin) avec des amis , que demander de mieux?? Oui il y a des contraintes mais je sais qu'elles seront les mêmes partout et puis faut relativiser: y en a moins qu'il y a eu avec les enfants qui grandissent. J'ai arrêté de voir les gens par obligation,j'ai fait le tri et même s'il en reste ce n'est que qq heures par mois,c'est pas le bout du monde et ce serait pareil ailleurs.La région :pas si mal en fait et j'ai la chance de pouvoir en découvrir d'autres parce que je peux partir en vacances. La maison:pas si propre qu'elle devrait si j'écoutais ma mère et si je laissais mon éducation revenir au galop. J'obtiens donc des moments à moi et je suis plus dispo pour les proches. Bon je vois que je suis un peu longue ,tout çà pour dire que longtemps j'ai imaginé que c'était mieux ailleurs et que je réalise aujourdh'ui que je suis heureuse ici! Ceci dit je conçois parfaitement qu'on puisse être heureux avec une vie de nomade et c'est ce que je te souhaite

Planeth 18/09/2007 14:59

Ah Lolo, oui, ça se voit que tu te sens bien dans ta vie en ce moment, tant mieux pour ma presque soeur! ;0)que veux-tu je suis trop gâtée, alors je minaude!Non, simplement il faut que j'arrête de penser en termes de : ça c'est bien, ça c'est mal,une vision manichéenne contre laquelle je lutte . Comme dit Loïs , le tout est d'être sincère avec soi-même...et d'accord avec son dou', ajouterais-je!!

Benedicte 18/09/2007 09:26

Ca c'est drôle... je suis un peu dans le même état d'esprit en ce moment. C'est cyclique effectivement. Enfin moi c'est parceque je n'aime pas spécialement la vie Parisienne et que je serais mieux ailleurs, au calme parmis les herbes hautes et les petits oiseaux. Une vie de bohème quoi avec les chevaux.Donc je te comprend. Mais n'est-ce pas aussi reconstruire la même chose ailleurs ? Partir c'est bien mais au bout d'un moment ça revient. La routine, le quotidien, les trois jours qui n'en font qu'un, tous ça quoi. A partir du moment où tu as des enfants, un mari et les jobs qui vont avec, c'est obligé d'avoir des répétitions. Ce n'est pas en changeant d'endroit qu'elles vont disparaitre. Le changement améliorera un moment c'est sur.Non ce qu'il faut (enfin c'est mon avis hein et pour mon cas) c'est amélioré la cadre, ou plutôt pouvoir choisir son cadre qui fait que ces répétitions ne seront plus qu'accessoires parce qu'on aura trouver sa manière de vivre. J'ai une amie qui souhaite vivre dans une yourte avec le minimum nécéssaire. Je trouve ça génial !Maintenant si c'est une question d'être nomade alors c'est différent, c'est comme la marin, l'appel du large est le plus fort ! Du moment qu'on trouve son équilibre et celui de sa famille... c'est le principal. Après ce sont des futilités.Mais au fait tu voudrais aller où ? Tu es déjà dans un endroit merveilleux !

Planeth 18/09/2007 14:51

Ici, je suis comme un chat dans une flaque de soleil, mais parfois il faut partir à l'ombre chasser, redevenir un animal éveillé!mais tout à fait d'accord, partir, c'est reconstruire ailleurs.. j'aime tant défaire et refaire!Et puis ici, il y a une sorte d'enfermement qui pèse. Un éloignement.