Méandres...

Publié le 23 Février 2008

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               Comme d'hab je suis tentée de mettre ici ce qui me passe par la tête, le problème c'est que je réfléchis comme un ruisseau: ça coule, je ramasse des trucs , ça gonfle. Au total je ne sais pas si c'est bien digeste.. 
Enfin , si vous êtes là...tanpis pour vous! ;0)

          Mon père a lu les Essais de Montaigne, j'étais encore étudiante ou tentais de faire vivoter un atelier-galerie à l'époque.  Mais je me souviens des mines gourmandes qu'il avait en les lisant.
 J'en ai déniché un tome l'autre jour dans une bouquinerie, et depuis je cale sur le début. En fait le début déjà me comble d'aise,et presque me nourrit depuis toutes ces semaines. Du coup je n'ose même pas lire la suite, sinon ça va faire trop. 
En substance ce qui me remplit tant de joie c'est que loin d'être des  animaux constants comme nous nous plaisons à l'imaginer, on est, selon Montaigne, foncièrement inattendus. Un  rien, un zéphir, une mouche nous fait changer, d'avis, de route, de goûts. 
Je le crois sur paroles. J'avais tellement envie de le croire de toutes façons. C'est tellement génial comme permision.
"Tu as le droit de tout faire, et surtout d'être toi-même en étant toujours différent. J'attendais que quelqu'un me dise ça un jour. 

La porte ouverte, le paradis.

Depuis, j'ai glané d'autres petites choses qui me ravissent . J'ai découvert que chaque jour est complètement nouveau et différent du précédent. 
Disons que depuis longtemps déjà, j'ai la hantise de la répétition, parce qu'elle efface les souvenirs.
 Trop de régularité raccourcit le temps à une vitesse stupéfiante, en tout cas l'espèce de gros album photo qu'on a dans le cerveau. Il ne remarque, ce stupide amas de circonvolutions, que les éclats, les pincements, les brûlures, et là , clac , il imprime. 
Bien-sûr en cherchant bien, on retrouve les petites pages plus douces, plus anodines, mais il ne les délivre pas facilement, ce cossard.

Donc, si on a en tête que les jours sont assez semblables et que nous-même ne changeons pas, imaginez le résultat, encéphalogramme plat, un album aux trois-quart vides, quelle gâchis.
On a beau se satisfaire d'un rien, d'une micro poussière, si l'autre là-haut, le gros charnu rose pâle, il ne fait rien de tout ça, on a l'air malin au bout du compte.

Mais j'ai trouvé sa faille, son talon d'achille. 

             Si moi, je considère que chaque jour est différent, si tous mes sens me le disent, si mes yeux le voient, si mes oreilles l'entendent, mon gros  bouclé gélatineux va bien être obligé d'en faire autant, non?

En fait je m'en fiche un peu.

     Puisque j'attends chaque matin l'amorce  du nouveau jour. 
Qui vais-je entendre aujourd'hui? 
Est-ce une journée douce, épique, acide? 

             Ce matin j'ai conduis avant l'aube mon ainé pour un petit voyage, il allait prendre la micheline vers le Sud de l'île. Il a charge de ne pas laisser passer le temps magique et de revenir avant que le carosse ne soit devenu citrouille, puisqu'après-demain c'est la rentrée. Mais qu'importe, je sentais pour lui l'excitation  de faire seul un pas de géant.
           Je me suis traitée de trouillarde toute la journée d'hier, oui, parce que je m'inquiétais pour lui, mais pas seulement, je m'inquiète pour la maison, se vendra-t-elle, ou pas, et là bas, ne risque-t-on rien avec la nouvelle, enfin, je faisais ce que j'ai l'habitude de faire, me tortiller les intestins, me manger le foie, me trouer l'estomac, me faire du mouron, mon sport favori.

"Trouillarde", je m'invectivais! Pour un peu je me serais giflée. "T'as pas honte d'avancer dans la vie en ayant peur! Ah c'est chouette! Ca apporte vraiment quelque chose au schmilblick!
C'est bien d'avoir des mectons adolescents, parceque tout à coup on voit dans la glace ce qu'on risque de leur insufler au moment où ils exercent leurs ailes.
Et là, horreur: je me suis vue leur transmettre cette crainte, de tout, faut faire attention, attention....Faut tout prévoir, pas se laisser surprendre, on sait jamais.

On sait jamais.

Elle était belle la philosophie que j'enfournais jusqu'à hier dans leurs becs . Parcequ'ils ont beau avoir l'air de se foutre totalement de ce qu'on leur dit, malheureusement ça rentre, et ça rentre bien même.

Mais c'est fini!
Oui , je vais  laisser tomber toute cette crasse de crainte, cette peau pleine de frissons et de chair de poule, non mais!

Ben dis...


Pour disgresser un petit coup, j'adore l'aube, ça me file une patate d'enfer, y a un petit instant ou l'espace est extrêmement intime, c'est juste à soi.



    

Rédigé par Planeth

Publié dans #pensées dans le miroir

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fardoise 26/02/2008 09:28

Oui les philosophes sont là pour nous aider à réfléchir par nous mêmes, repenser ce que nous vivons et nous poser les "bonnes" questions. Cela n'empêche que nous sommes toujours des êtres doués de sensibilité et la peur est un stimulant lorsqu'on sait la surmonter et la dépasser. Moi, c'est le soir que j'éprouve cette impression d'avoir enfin un instant rien qu'à moi.

Planeth 28/02/2008 10:26

le soir à la brune? ;0)oui ça fait du bien de trouver des gens qui malgré l'écart de temps, pensent  et écrivent ce que nous ressentons aujourd'hui!

Benedicte 25/02/2008 10:17

Oui Maman tout court... c'est vrai que j'ai tendance à l'enfouir cette trouille qui va peut êut être me peter au visage un jour... je l'attend :)C'est très beau ce que tu écris. J'aime beaucoup cette fluidité, ces vérités si... quotidiennes et si simples transcrits avec ton langage, c'est exquis :)

Planeth 25/02/2008 17:02

Argh, alors apprivoise la?Merci m'dame! ;0)     tiens, "exquis" c'est un mot de ma maman!

mab 25/02/2008 09:35

Non pas trouillarde, maman tout simplement qui essaie de donner des ailes à ces petits...

Planeth 25/02/2008 17:00

Oui mais pas que j'oublie de leur filer confiance en l'autre, quand même.. 'fin oui tu as raison, je suis juste maman, et heureusement qu'ils ne feront pas qu'avec mes becquées...

Hélène 24/02/2008 19:18

Ma Maman a déjà eu un coup de foudre pour toi, tes écrits, tes peintures, alors si tu aimes Montaigne aussi, je sens que je vais me retrouver avec une "soeur" virtuelle dans le coeur maternel !

Planeth 25/02/2008 08:32

Attends, je n'en ai lu qu' une trentaine de pages! modeste lectrice! mais je veux bien un sororage virtuel ( ça se dit?)

papa de Lili 23/02/2008 15:23

J'aime bien Montaigne. Mais point trop n'en faut! Ne pas oublier non plus ce que disait, je crois A. Allais, (si ce n'est pas lui, se souvenir qu'on ne prête qu'aux riches!): "Trop grater cuit, trop penser nuit!".Jolie photo qui dit: "Le printemps revient!" Amitiés.

Planeth 25/02/2008 08:30

Mais je gratte à donf et je pense idem, pas toujours à bon escient, mais on ne se change pas! ;0)la photo date de nos années à Grenoble, fin d'hiver effectivement.