Un noeud quelque part..

Publié le 15 Octobre 2008


Découvrez Tété!
   

  Ce texte date de septembre 2007, je suis retombée dessus, et pi, j'ai eu envie de le remettre là, ben...voilà...;0)   
     

photo P.Patay
      "L'autre jour, j'ai lu un article intéressant d'une thérapeute lambda qui avait soigné un type pour des douleurs importantes .

(Autant signaler tout de suite que vu mes préférences en ce domaine il ne s'agit pas de médecine allopathique)
        La dame fait parler le monsieur, entre autre sur son enfance, qu'il aborde sans émotion apparente, mais simplement pour faire le constat, encore une fois de façon extrêmement neutre, que ça n'avait pas été de la tarte, je ne sais plus pour quelle raison, enfin bref qu'il n'en avait pas de bons souvenirs.
    Cet homme, par sa posture et son physique, semblait porter une armure lourde et rouillée, et de fait ses muscles noués, ses articulations douloureuse ne lui permettaient plus que des mouvements raccourcis et pénibles.
          Une thérapie s'ensuit donc et permet à l'homme d'exprimer la colère, la solitude et donc la détresse qui l'avaient empoisonné dès l'enfance, et qui avaient petit à petit façonné son corps pour résister à l'hostilité du monde extérieur tel qu'il lui avait été donné de le percevoir.
 Le cheminement lui a permis semble-t-il de retrouver une ouverture au monde et donc peu à peu une meilleure mobilité.

   Ce qui me stupéfie, c'est d'observer le nombre de personnes (moi y compris) de qui l'on pourrait dire: " ton intérieur t'a façonné, ton ressenti t'a donné telle ou telle posture corporelle."
    Notre corps a tout pour pousser droit et tout à coup, nos épaules se voussent, notre colonne se tord, parfois nos vertèbres jouent aux dominos, sans qu'on ait fait le moindre travail de force, nos pieds se tordent, notre corps enfle ou au contraire s'amenuise jusqu'aux confins de l'inexistence.

       Tel a le cou qui part vers l'avant comme s'il portait un sac sur ses épaules, tel autre au contraire se tient si droit qu'on a l'impression qu'on l'a enfermé dans la table de repassage. 
 Des épaules sont crispées, il y a des douleurs dans les bras, les machoires sont tendues, les dents serrées..

     Et je pense à ce qu'ont vécu nos parents et grands-parents: guerres, privations, mariages souvent contraints, codes multiples à respecter.
Ce qu'il fallait faire, ce qu'il ne fallait pas faire. Inégalités flagrantes entre hommes et femmes..

J'imagine que beaucoup d'entre nous
(je parle des quarantenaires hein, les moyens vieux quoi ;0)
 auraient des choses à dire sur leur enfance. 
Les couples harmonieux et légers ne devaient pas courir les rues. L'autorité envers les enfants était la règle certes, mais distribuée de quelle façon, et avec quelles contreparties. 
     On ne songeait guère à l'époque, aux humiliations que l'on faisait subir aux enfants, à la violence à laquelle ils étaient parfois exposés, il s'était passé tellement de choses abominables en France qu'on allait pas chipoter pour une raclée mal dosée.

Nos pères étaient anxieux et enfermés dans leurs soucis, rentrant chez eux pour soupirer d'avantage sous le poids de la famille.
  Chez beaucoup d'entre nous, le schéma était le même: père autoritaire, mère silencieuse ou fuyante ou sapant en douce l'autorité trop pesante.
 Pas de discussions enfants-parents.
 Combien d'entre nous ont fait leurs découvertes successives tout seuls..

Et on s'imagine avoir échappé à tout ça sans dommages:" Moi, mon enfance? top..."

Sauf que:   Je n'ai jamais vu mes parents rirent ensembles, ni discuter sans s'engueuler. 
 Il y avait tant d'inégalités de traitement entre mes frères et moi que ça m'a donné des complexes monolithiques.
  Avoir une famille me semblait quand j'étais petite, le summum de l'emmerdement maximal, et se marier une fichue mauvaise idée.
Pour parler à mon père, même adulte, je lui ai écrit. 

      Ma mère, une fois séparée de mon père est devenue la personne qu'elle aurait dû être : drôle, indépendante et fantaisiste.. Mon père est resté claquemuré dans ses pensées , avec parfois des éclairs de plaisir, voire de bonheur, en regardant les petits-enfants (très peu nombreux).
Ce n'est pas une auto analyse que je fais là, mais partager des souvenirs sans doute communs à bien des gens de ma génération. 
Alors oui, on est courbé, tordu, avec des complexes bien enfouis, c'est pas très grave, mais cette question reste tabou bien souvent, et aller chez le psy relève encore de l'exploit face à soi-même et aux autres
(d'ailleurs j'y suis pas allée, nan j'ai fait un blog, ha! ha! ha!)

S'occuper de soi, non en surface mais en profondeur , semble toujours superflu alors que ce devrait être la base. Il faudra encore une génération pour y songer.

L'autre jour j'ai observé mon fils de 15 ans (tous frais les 15!) il est droit, il est bien bâti, il est beau comme un astre, j'espère de tout coeur que ce qu'il a vécu avec nous ne ternira pas ce bel élan. "
Moi j'ai dû commencer à me vousser vers cet âge là.

 

Rédigé par Planeth

Publié dans #pensées dans le miroir

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Lyjazz 22/06/2015 02:28

Eh bien je relis avec plaisir et intérêt.
En effet aucune vérité nulle part.
Et je regarde ton histoire avec un oeil différent : je suis maintenant dans la situation de ta mère, qui est redevenue la personne qu'elle aurait toujours dû être. Du moins sur ce chemin, pas facile non plus, de reconquête de mon moi, seule.
Alors maintenant je fais très attention à mes enfants, et à leur aspect physique, qui dit, forcément, beaucoup sur leurs émotions enfouies. Surtout le cadet.
C'est intéressant aussi parce que je viens de lâcher des émotions qui se coinçaient à l'intérieur de moi....

planeth 16/10/2008 19:04

@Mab: Oui, je suppose que tu la connais cette porte..@Loïs: Euh Simon est un peu en creux (merci l'asthme) j'espère que tout ce qu('on met en oeuvre le débarrassera un peu de cette m...e@Eryn: bon ben alors quand est-ce que tu viens en papoter ici?@Lyjazz: merci de ta venue, je crois aussi qu'il ne faut jamais être sûre de rien, surtout  pas qu'on détient la vérité! ;0)

Lyjazz 16/10/2008 13:49

Tout est très juste.Ce n'est pas pour rien que j'ai décidé d'avoir des enfants tard : il m'a fallu du temps avant de me dire que j'étais capable de passer par-dessus la violence ordinaire que j'avais vécue.Ensuite :Je crois que ça commence très tôt. Souvent on me dit que mes enfants sont beaux, et je sais que ce n'est pas seulement les traits de leurs visages, mais leur aura tout entière, leur joie de vivre. Je croise au parc tellement d'enfants brimés, en butte aux contradictions de leurs parents : souvent cela se voit sur leur visage, ils ne sont pas aussi beaux qu'ils pourraient l'être.

eryn 16/10/2008 11:57

c'est étrange, tu remets ce texte aujourd'hui, j'y pensais justement à ces choses-là tard cette nuit après une grande discussion avec mon fils... échange de souvenirs familiaux pesants... me suis couchée plus légère et lui, le fiston, m'est apparu aussi très beau très droit en jeune adulte revisitant nos sources :-)Merci encore une fois pour la justesse de tes mots et l'écho, toujours.

Loïs de Murphy 16/10/2008 09:39

Je te confirme que tes enfants sont magnifiques et droits !