Extrait..

Publié le 12 Janvier 2009


 ..D'un truc que j'ai écrit y a longtemps.. sur la "maison-mère".



                 .... 
On t'avait demandé de faire des ciels.... Bien sûr, des ciels, c'est une belle idée. Mais toi, rien qu'à les regarder s'émouvoir au dessus des peupliers de la berge, filant au dessus de l'espèce de crête qui terminait ton horizon ,là-bas, au bout d'une autre prairie, il t'en venait des soupirs d'inquiétude. Les masses ombrageuses se découpaient à la diable, s'étripant ,se chevauchant, laissant apparaître des voiles bleuâtres, des transparences, une chevelure de vapeurs opaques qui s'effilochaient , indescriptibles.

         Tu t'armais de ta gouache, courageusement, de tes gros pinceaux  plats, totalement inadaptés à l'exercice, et couvrait d'innombrables feuillets, cahiers, avec déjà une amertume dans le pli de la bouche.

Puis ton regard se tournait vers la masse  violette et grise qui veillait dans ton dos.

 

         Tes amis sont passés, ce week-end, avec des cris d'étonnement, d'admiration. Ta meilleure amie a découvert les entrebaillements de porte sur des escaliers jaunes, des perspectives chaotiques qui l'ont enthousiasmés: -"Comment? Tu n'as pas encore peint tout ça? Mais tu as une mine d'or, ici, un terrain fantastique! Quelle chance tu as!"

         Elle parcourait les étages , fascinée , passant la main sur les tissus, le regard scrutant les lourds rideaux qui encadraient la lumière aveuglante.

Et effectivement je l'imaginais bien, passant des jours sur un pan de mur en mi-ombre, repassant couche sur couche  jusqu'à découvrir l'exacte lumière, l'exacte transparence.

         Sur le coup, toi aussi tu t'es sentie portée par l'enthousiasme . Dès qu'ils sont partis, tu t'es jetée sur tes plumes, as transporté ta chaise en plein milieu d'un couloir, as commencé à griffonner.

Mais ce n'est pas suffisant, l'émulation s'émousse, tu écoutes le lent souffle géant du monstre qui s'exhale par la porte du grenier, celle là justement qui tant plaisait à Isabelle. Il y a toujours du vent dans ce grenier, forcément, les petites lucarnes qui laissent entrer les pigeons laissent aussi passer l'air, et les chouettes effraies, qui effraient...et les hiboux moyens-duc, ou même grand-duc. Si ! Grand-père dit qu'il en a vu un , une fois.

  Les fouines, ou plutôt la fouine, car il parait qu'elles ne sont pas sociables, n'est pas dérangée par ce va et vient de froissement d'ailes, de toutes façons, elle habite encore plus haut, dans l'espèce de double plafond qui parait-il cachait du monde en d'autres temps. Et en dessous, c'était sensé être quoi, des vraies pièces pour habiter? Mais les fenêtres sont trop hautes pour le moindre regard, ou alors si ,pour voir le ciel, et le peindre.. D'ailleurs, ton ...voyons...arrière grand-mère, Marguerite, peignait très bien, les ciels également, mais souvent sur des paysages assez gais, des champs de pommiers, des sous bois.

         C'est que la maison était plus gaie aussi sans doute, si l'époque ne l'était pas.  Il a une bonne tête, son mari, l'arrière grand-père, sur les photos, avec sa tenue de chasse, sa grande barbe carrée, toute noire, et son épagneul qui lui saute sur les jambes. L'air d'un Tartarin de Bruz, avantageux et rieur, la bretelle du fusil qui lui plisse l'épaule, les poings aux hanches.

         On imagine bien son caractère, surtout quand on voit sourire sa femme toute svelte, à ses côtés. Il fait tout à fait patriarche bonhomme, dévoué à son prochain, à sa nation et aux multiples associations dont il assumait sans doute avec délices les présidences.

   Ces pensées t'ont conduit tout naturellement jusqu'à l'armoire de la dernière "chambre" du grenier, celle dont le mur est couvert d'inquiétantes silhouettes de scorpions géants . Elle grince effroyablement, et de surcroît, le battant supporte une glace brisée, funeste présage. Cela ne t'empêches pas, dans la demi-clarté, d'en forcer l'ouverture. Le résultat en vaut la peine: il y a là des cartons à chapeaux, grands ,moyens, défoncés, ou vides, et quelques casques , à pointe ou non. Tu essayeras rituellement chacun de ces objets, devant la brisure du miroir. Ils avaient des têtes plus petite que la tienne ! C'est dommage!  Le canotier reste superbe, les melons , hauts-de-forme, et même un "clac" te ravissent également. Tout cela , bien protégé par les boites rondes et le papier de soie est comme neuf, surtout le plus beau d'entre tous, le haut-de-forme  "d'enterrement" et son crêpe noir autour du velours soyeux.

Replaçant tout  ce beau monde, il te reste à visiter le tiroir du bas, dont le contenu n'est guère  allègre. C'est un fouillis de  chapelets, croix, petites bibles en cuir  sombre. Tu n'oses quasiment pas y promener les doigts, et toi qui est sans religion, il te viens comme un respect  docile de ces objets .

 

 

                                                        ****

 

 

 

                   En tout début d'après-midi, l'autre jour, j"ai  vu plusieurs sortes d'oiseaux. Ici, la nature est généreuse  et montre volontiers ses richesses, sans rechigner.   Il y avait un "gros-bec", je n'en avais jamais vu...Et aussi un bouvreuil,  frémissant de son plastron presque "corail", sa petite casquette noire sur les yeux.   C'est magnifique, j'en tremblais  presque , d'apercevoir ces petites beautés dans les arbres, de la fenêtre. Aujourd'hui, c'est une mésange bleue, et une sittelle torche-pot, presque dissimulée par le tronc d'un merisier,  que j'ai pu glaner de mes jumelles.

         Parfois un petit groupe de mésanges à longue queue volette de branche en branche, comme plongé dans une partie de chaises musicales . Leur  vol bondissant, fait faire comme une trace d'écriture aux longues plumes gris acier de leur queue. Elles ont toujours l'air de sortir du lit, ces petites bêtes, avec leurs couleurs hésitantes de brun, de blanc, de noir entremêlés. Rien à voir avec la netteté de découpage de la mésange charbonnière, qui porte son masque bien ajusté sur ses joues blanches.  Je n'avais jamais tant vu  d'espèces différentes. Au Manoir, les fenêtres de la maison étaient trop loin des arbres, même si on réussissait à voir le pic-vert qui venait régulièrement sur la pelouse  et quelques geais qui passaient en râlant.

 


edit de 13h47: ce lundi est comme une planche aride sur laquelle rien ne pousse, rien de chaud dans mon inspire, mes toiles sont pâles comme le brouillard dehors..

Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Commenter cet article