Concert , synagogue de
Genève, 1999
J'ai compris pourquoi il est si difficile de chanter seule devant les autres, pourquoi mes entrailles deviennent un champ de laves bouillonnantes quand vient mon tour, pourquoi
ma main peine à tenir la feuille.
Ce n'est pas par orgueil de débutant, mais j'ai cru que c'était ça:
-Vouloir déjà savoir faire alors qu'on est en plein apprentissage.
Je l'avais reconnu chez mon fils tout petit, qui à peine un trait de feutre esquissé sur sa feuille déchirait tout rageusement: ce n'était pas assez bien.
Non ce n'était pas ça, c'est une chose qui me quitte un peu.
Ce n'est pas par peur du ridicule. Nous sommes tous débutants, nous sommes tous hagards devant un micro, et nous regarder mutuellement chanter est plutôt un genre de communion bienveillante, je
le crois.
Mais c'est ouvrir une porte, entendre ce que l'on ne veut pas forcément entendre.
Il y a la voix qui me rassure, que je connais, et puis parfois, une voix presque étrangère, une qui vient d'autre part, qui s'échappe sans permission, l'autre voix, celle qui ramasse tout
ce qui est tapi au fond de soi, l'intime, elle passe entre les mailles, elle fuse, elle file, elle déborde, elle est impudique, elle est l'autre soi qui n'est jamais au devant de la scène, et
l'entendre est une violence.
Apprivoiser cette sensation étrange, cette nudité, cette couverture qui tombe des épaules.. ça c'est difficile..
Merci à Nath, notre prof, de nous amener à cette chose là, simplement, sans oh, sans ah, sans remarques, sans jugement,
doucement..
Koikadi?