Je fais un break..

Publié le 10 Février 2007

 

Ce texte a été écrit en Mai 2006

    Ça fait une semaine  que j'ai plié mon atelier, j'ai passé une heure à gratter les petits bouts de croûtes de peinture collés tout partout sur le beau carrelage blanc, une sorte de méditation accroupie.

  Je fais un « break »?

   J'aime beaucoup dire ça, je trouve que je fais plus pro, moins peinteuse du dimanche qui peint gaiement toute la journée sans se poser de questions, en faisant trois tulipes et une corbeille de tomates au couteau.Je dis pas ça pour les gens qui peignent des tulipes et des tomates ;

  Donc je fais un break, ouaiii, pour faire le point, me poser les vraies questions, faire le tour de mon moi-même, prendre de la distance.

 

 

 

  Des sortes de vacances. En plus ça tombe bien, les carreleurs ont transformé la maison en chantier découverte. On s'est ramassé comme on a pu entre mon ex atelier rebaptisé cuisine fourre-tout salle-à-manger-etc... et le coin chambres qui pour l'instant fait comme si de rien n'était.

  On fait un genre camping à la maison, on mange dans les assiettes en plastique des trucs chauffés au micro-ondes, pas bon pour notre karma tout ça, le régime bio en prend un coup. Du coup je re-fume, parce que ça ressemble tellement aux vacances.

  Et j'en profite pour me remettre  à écrire, on dirait que tout d'un coup je serais devenue une écrivaine super bonne qui s'ignore. J'aime bien. Quand les grilles de Sudoku me laissent un peu de temps bien sûr, parce que ça aussi c'est un sacré boulot.

  Parce que là j'étais partie pour une belle crise existentielle de peinteuse, où suis-je, où cours-je ?

 Ça finissait que ce que je faisais était de plus en plus moche exprès,parce que quand je fais des trucs jolis, j'ai l'impression d'essayer de plaire. C'est logique. Enfin, non, à la réflexion, pas tellement. Quoique.

   Peindre, c'est pas simple. Comme on a du temps pour penser quand on peint, on a tendance à penser trop, enfin moi, et quand on pense trop, il faut se trouver des sujets de penserie, on finit par rendre compliquées les choses simples. La peinture est une chose simple qui se laisse compliquer avec un rare bonheur. Comment rendre incompréhensible une toile où somme toute n'importe quel individu lambda voit une petite fille mal peignée avec le visage un peu vérolée et qui nous regarde fixement ? En parlant de non sujet, de recherche de matière, de taches de couleur et de profondeur de la toile par exemple ? Vous y êtes, c'est tout à fait ça.

   « En fait t'as pas voulu faire une petite fille dans un décor saumon ? C?est autre chose ? Oui?. Mais quoi?. »

  Donc j'en étais là de mes réflexions, et plutôt que de m'encastrer une toile, la plus grande, sur le crâne, pour voir si le signifiant en serait plus poussé, j'ai plié mon atelier, et ça tombait bien parce que les carreleurs...,non, ça je l'ai déjà dit.

  Il fait de nouveau très beau et chaud. Je ne sais pas pourquoi je dis de nouveau parce qu'en fait il fait toujours assez beau et chaud par ici. Il parait que chaque région a des avantages. Moi je veux bien, mais en Corse, c'est quand même plus facile de les voir, les avantages. Surtout au niveau du temps, je veux dire. Y a qu'à regarder la météo, le soir, avec le petit rigolo qui a l'air d'un chat qui a mangé de la crème. On se sent tout gêné d'un coup, de voir tout ce gris qui s'amoncelle tout partout sauf en bas à droite. Ca ne veut pas dire qu'il est désagréable d'habiter dans le Nord-Est, j'ai pas dit ça? On a sûrement des bonnes raisons d'habiter dans ces coins là. La famille...ou d'autres trucs.

  J'en profite donc pour passer un maximum de temps le nez dans l'écran d'ordi pliée sur ma chaise ergonomique.  Une chaise ergonomique a ceci de particulier qu'on y est un peu plus mal installé que sur une normale, le derrière sur un truc moitié en pente, on dérape et heureusement ils nous ont collé un autre truc en pente un peu plus bas pour retenir les genoux, quand je me relève ils sont tout rouges et un peu douloureux. C'est sensé protéger le dos. C'est vrai que comme j'ai mal aux genoux, je ne pense pas tellement à mon dos.

  Pour peindre je préfère un tabouret. Mais ce n'est pas n'importe quel tabouret. C'est le tabouret qui était dans l'atelier de mon grand-père, un vieux bien bancal, (pas mon grand-père, quoique lui aussi était vieux et sacrément bancal) avec le dessus tout scié de partout, parce qu'un temps, il me servait d'établi.

Y a aussi des traces de peinture, pas la mienne, une qui ne s'en va jamais et qui fait des durillons lisses sous les fesses. Heureusement que je ne peins pas toute nue, j'aurais un sacré tatouage au niveau du postérieur. Si ça se savait.(Mon tabouret magique est décédé au cours de l'hiver 2006...paix à ses cendres)   Mais c'est mon tabouret magique. Je me dis ça, parce que dans les livres, les artistes ont toujours des objets fétiches, ou un chat sur le bureau. Mais Moustique, ça ne l'intéresse pas tellement la peinture, et quand je suis sur l'ordi, lui préfère le canapé. Et je ne fume pas la pipe. Donc?

   Pour taper sur l'ordinateur, je n'ai pas d'objets magiques à ma disposition, juste du bordel sur le bureau. C'est un bureau d'artiste, alors forcément. Ergonomique, je sais pas, j'ai un genou qui cogne contre mon étagère à dessin, dessous, ça me mange la moitié de l'espace, et comme l'écran est à droite, j'ai la colonne hélicoïdale.

   Je viens de m'apercevoir que je pouvais pousser l'écran à gauche.

   Quand on fait faire des travaux chez soi, on a l'impression d'être invité. J'ai peur de faire mal. Suis-je une propriétaire comme il faut ? Ai-je proposé le café au bon moment. Vite, virer Gala qui s'obstine à faire barrage de son corps aux moments inopportuns. Bien sûr elle a l'excuse de l'âge, 15 ans, oui, elle n'entend plus, d'accord, elle ne voit pas bien non plus, ok, mais dans ce cas, la laisser trottiner au milieu du carrelage frais posé tient de l'insolence. Si je la vois voler tout à l'heure par la fenêtre, faudra pas se plaindre.

Elle est cantonnée dans la chambre de petit mimi, attachée au tiroir. Va-t-elle s'y pendre, de désespoir ?

   Je viens de lui couper toutes ses boucles noires, elle ressemble à un chien en cure-pipes maintenant. Je suis sûre qu'elle  sent qu'elle n'est pas à son avantage. Elle fait une moue un peu rentrée.

 

 

 

 

Gala  On mésestime la psychologie animale. Gala est l'exemple type du chien qui  a tout pour ne pas se faire remarquer. Mais au bout d'un moment, elle trouve que ça va bien comme ça, elle n'est pas un meuble que diable, alors elle vient nous regarder par en dessous, et puis elle nous fait une belle flaque jaune au milieu du salon, elle peut même pousser l'expérience en marchant un peu en même temps, ce qui fait une rigole en pointillé pendant deux mètre  ou trois suivant la trajectoire.

  Le premier réflexe grossier serait de l'attraper par la couenne et la faire voler sur la pelouse pour lui apprendre les bonnes manières. Mais feriez vous ça à votre grand-mère. Non, ça ne se fait pas. Essayer de comprendre le processus de sa réflexion, et à l'inverse, la couvrir d'attention et de bisous.  Et voilà, le moral revient, et elle se met de nouveau à bondir de ci de là comme un agneau, elle se sent de nouveau le centre affectif de notre maison. Et nous on est fier de ne pas avoir cédé à la violence tout de même.

  Il faut se mettre à sa place, gratter pendant 10 minutes sur un des battants de la porte vitrée alors que c'est l'autre battant qui est ouvert, c'est pas marrant. Et ces bipèdes stupides  qui s'esclaffent grossièrement.  Pas drôle de vieillir.

(la petit Gala qui nous a supporté pendant près de 16 ans est partie au pays des chiens gentils en hiver 2006 ..)

  Pour nous aussi, passer la quarantaine ça a été une épreuve. Bon on ne se cogne pas encore dans la porte vitrée. Quoique. C'est arrivé à tendre chéri il y a peu. Mince. Mais on se scrute dans la glace de la salle de bain pour les voir arriver les sales petites rides, les trucs moches, les failles. Moi c'est les poches. C'était fatal. Plus ça va, moins ça va, elles se font la malle. Normal pour des valises.

 

 

 

 

  J'ai arrêté l'alcool. Pas de changement.

  J'ai mis tout le monde au bio. Le résultat sur les valoches n'est pas encourageant, heureusement que c'est bon pour le reste.

 L'huile d'argan, soi-disant ça devait tenir du miracle. Alors ok, doudou et moi, maintenant, on a la peau douce comme des fesses de bébé. La peau de mes poches est plus douce aussi mais bon, c'était pas tellement le souci.

 Ça doit être de regarder qui me fatigue les yeux. Faut que j'arrête.

 

 

 

 

 

 De toutes façons maintenant je tiens la solution à tous mes problèmes, j'arrête des trucs pour voir ce que ça fait. On s'habitue.J'ai arrêté le lait de vache, j'ai lu plein de trucs passionnants là-dessus, qui m'ont vachement convaincu. Ça fait 6 mois. Je suis allergique au pollen normalement. C'est intéressant. Je ne ressemble plus  à un nid de guêpe qui pleure au printemps, enfin jusque là ça va, c'est bien moins pire que ce n'était. Alors du coup ça m'a donné l'idée. Et si en arrêtant des choses c'était bien. C'est sympa comme théorie.

 L'arrivée dans la quarantaine, c'est comme d'ouvrir la porte du fond, on se dit, ah oui, c'est là, y a des choses qui se profilent à l'horizon qui sont bien moins attrayantes que quand on fête ses 10 ans. J'en connais qui se sont mis au Tai-chi pour bien moins que ça.

  Du coup on commence à se rendre compte de tout le bazar qu'on a fichu jusque là. Quoi, ça fait 40 berges que tu t'empoisonnes avec les même raviolis en boite, depuis le temps qu'on te dit qu'il y a du chien là-dedans. Et qu'est-ce qu'on a été irresponsable avec notre corps, on a joué avec le feu, on a brûlé la banane par les deux bouts...non, l'expression exacte je crois que c'est pas ça.

 

 

 

 

  Heureusement, Internet est mon nouveau gourou, j'ai trouvé la lumière, j'ai toujours une solution maintenant, suffit de taper un truc et on a tout plein de pages qui débordent sur le sujet qu'on a même pas demandé.

 Tout pour vivre sain, du sol au plafond, y a même des trucs pour nettoyer les cabinets, plus sain.

  J'ai du mal à mettre tout le monde au naturel. Chez mimi n°2, c'est son naturel à lui qui l'emporte. Il revient tout le temps au galop. De toutes façons, suffit que je lui montre un truc que je trouve super méga intéressant, bon, délicieux, sain, et tout, pour qu'il le regarde en faisant :Berk. Le quinoa : berk, le boulgour : berk, même la confiture bio, il s'en méfie...préférait le nutella.

 « Pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu'ils font » j'ai lu ça où, déjà?

Rédigé par Aneth Huyette-Patay

Publié dans #Vie de famille

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planeth 14/02/2007 08:34

C'est sûr Rita, à choisir, j'aimerais avoir ce qu'il y a dans ma tête de maintenant avec 10 ans de moins, mais le goût que j'ai de la vie, aujourd'hui, ça je ne l'échangerais pour rien au monde ;-)

rita 14/02/2007 08:11

joliment écris ce passsage de la quarantaine. moi aussi j'ai ouvert la porte du fond et ça me plait très moyennement.