Ce soir à la brune...

Publié le 23 Février 2007

 

 

 

Parmi les choses  qui se tiennent dans un coin de ma tête, comme de petites flaques qui reflètent le ciel, il y a ce que m'offre la prairie, le soir, à la brune...
  Lorsqu'on s'est attardé après avoir nourri les juments
, on n'a plus envie de partir, la lumière s'est tue, le silence s'est installé, on entend quelques oiseaux , les chevaux ronflent, ils ne broutent pas, ils ne savent pas encore vers où se diriger, ils vont peut-être aller boire, la tête basse, ce n'est plus l'heure des jeux, ce n'est pas celle de la sieste, ce n'est pas celle des chamailleries, des gratouilles, la journée est terminée pour eux aussi, ils marchent dans la prairie comme les gens qui sortent du boulot, un peu indécis, un peu alanguis, tranquillement, ils ne sont pas pressés d'arriver.

A cette heure, il faut s'approcher de l'Aliso, son courant lent et fluide , son odeur un peu crue de vase et de pourriture, un remous frais, on pourrait se tenir là, sans bouger, les yeux  écarquillés, parcequ'il ne fait plus très clair, le coeur qui tape dans les dents, on attend le craquement , le froissement dans le talus, les petits bêtes timides  sortent .

Toute cette partie de la plaine est à l'ombre. Plus loin, la montagne est encore dorée, mais ce n'est plus le même pays, il est dans la lumière et cette frontière là est infranchissable. A cet instant, on existe que là, les pieds dans le sol souple à scruter devant soi. A cet instant, je ne suis plus une personne ,je fais partie de la prairie comme chaque brin d'herbe, je fais partie de l'air qui ne bouge plus, je suis un arbre, l'air me convient, le silence me convient , je ne réfléchis pas , je hume à petits coups, aussi transparente et perméable  qu'il est possible.

La brune vue de ma fenêtre:

Rédigé par Planeth

Publié dans #zistoires

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jrsrosey 24/02/2007 14:20

il n'y a pas meilleure manière à mon sens de se retrouver... la nature: ses bruits, ses odeurs, ses couleurs, source inépuisable d'inspiration pour exacerber nos talents ou simplement nous permettre ce retour aux sources et avec soi-même qu'on a si peu l'occasion de faire... ce texte est magnifique et l'on a l'impression d'y être.

Planeth 24/02/2007 15:50

merci jrs! sympa de te retrouver ici!  y a moins de chevaux , c'est sûr mais bon ;-)

dasimian 24/02/2007 14:10

quel plaisir de lire un récit tout aussi plein de.. sentiments.. la légèreté c'est bien, mais pendant un temps seulement.. 

planeth 24/02/2007 14:04

merci hélène , d'avoir persisté!! et pour ton beau comm! ;-)

HélÚne 24/02/2007 12:00

C'est écrit en tout petit "ajouter un commentaire"!!!! J'ai bien failli ne pas le trouver... L'alternance des deux émotions dans les posts successifs illustre bien à quel point humain varie! Frissonnant de rage rentrée un jour, apaisé un soir. On peut sans doute mettre ça au féminin comme au masculin. Quand je me sens sur des charbons ardents dès le matin, je n'ai trouvé qu'une solution: appuyer sur le bouton reset, m'isoler un moment, dans la mesure du possible, trouver le plus souvent quel est ce bout de rêve enfoui qui m'a tarabustée, me rappeler qu'une colère est une peur non-dite, la repérer, la reconnaître et hop, ça va mieux, je suis en terrain de connaissance, alors la journée peut commencer. Mais, mais, surtout ne pas dessiner ce jour-là, parce que tout dessin raté sera la preuve d'une incompétence crasse, irréductible et alors gare aux mouches!!!! Sinon, regarder voler les oiseaux au-dessus de la ville, ça a le don de tout ramener à des petits riens...
Bravo pour ton écriture!!!!