Naissance d'une vocation..

Publié le 6 Mars 2007

 
  Ce texte fait partie d'une série que je mettrai en ligne petit à petit mais qui date des années 1996 à 2000 environ..  

 Toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite..
                
 
 
                J'ai emmené ma première balade Samedi dernier.
       
       C'était pas triste. Il faut dire que je suis en vacances depuis huit jours, et comme je passe mes journées au club, j'ai un nouveau statut: aide-moniteur. Super.
       
             D'abord, quand j'ai vu arriver les gens que je devais emmener, j'ai failli me planquer dans le camion: c'était que des adultes, et en plus je les avais jamais vu.
                
     A chaque fois, c'est pareil, on se demande à quoi ils ont pensé en s'habillant pour venir. L'été, c'est pas rare d'en voir arriver en shorts, et même en jupe  pour une balade.
      Là, il y avait le coup des sandalettes,  et évidemment celui qui étrennait sa tenue "Clint Eastwood"  pour l'occasion.  
Ils étaient cinq.
          
         La monitrice m'a dit de faire preuve d'autorité, s'il le fallait. Moi, je veux bien, mais j'ai que 17 ans.. Déjà, c'est à peine s'ils ont remarqué que j'étais là, à les attendre au milieu de la cour. 
 Moi et les chevaux, on était prêts.
             
              J'avais choisi Médrano, le grand steak mou, Fusée, qui fait semblant d'aller vite, et Santiago, le dormeur éveillé, plus deux inséparables, Hirondelle et Zéphir pour les cas d'incapacité totale. Et je m'étais préparé Consul.
          Il est tellement impressionnant vu de derrière qu'aucun cheval du club n'ose le dépasser. Pour finir, comme je me sentais moyennement de taille, j'ai demandé à Pascale, ma copine, de faire le cavalier-balai.  C'était pas gagné.
       
                 Après les avoir aidés à monter, expliqué grosso-modo le mode de fonctionnement des véhicules (bien-sûr, ils avaient tous "pas mal d'expérience", mais  ça remontait à quand?), on est parti avec les dernières recommandations de la "mono" :
        -"Et si tu vois que ça chauffe... et si ça tourne mal...et si tu as une chute..."
Le genre de commentaires qui donne pas mal la pêche à tout le monde..
      
            J'avais une heure pour aller jusqu'à l'étang, et en revenir sans dépasser la limitation de vitesse sur sentier, et compte tenue de l'allure plutôt cruciverbiste de la troupe , on allait pas franchir le mur du son.
    
               Par pure bonté d'âme, j'avais trouvé une paire de bottes (du 40) à "sandalettes" (qui chausse du 36), et réparti les bombes en essayant de pas dépasser l'arête du nez niveau profondeur.
      Il n'y avait que "Clint Eastwood" avec son crâne de 60 , qui y voyait vraiment clair, vu que je lui avais trouvé du 58. Il a été obligé de laisser son grand chapeau, je ne rigole pas avec la sécurité.
                    J'avais aussi prévu une provision de sucres pour si jamais on passait la nuit dehors.
        
                   La première partie, au pas, à l'ombre, dans un petit sentier qui sentait la noisette, c'était vraiment zen.  Je papotais avec "sandalette" qui était très chouette, et le reste de la troupe dodelinait gentiment. Derrière, Zéphir et Hirondelle jouaient à qui marche le plus lentement, et Pascale avait l'air un peu à bout de diplomatie pour faire rattraper tout ça.
      
           Alors j'ai annoncé le trot. J'avais pris "sandalettes" sous ma protection, je lui ai expliqué comment ne pas perdre ses bottes , ni son équilibre, et comme le reste de la bande était sensé savoir à peu près...J'ai crié -"AU TROOOOOT!"
             
       "Sandalette", avec Médrano, ça allait comme sur des roulettes. Secouée, mais heureuse d'être ravie, elle arrivait même à me faire coucou avec une main.  
Derrière, c'était la chevauchée sauvage.
      Mes braves tontons que je croyais tout endormis ont humé le vent du large(qu'est pourtant à 600 km), dressé les oreilles, et vas-y que je te rentre les uns dans les autres. Ils me faisaient le coup de l'accordéon.                 Même les deux inséparables, derrière, avaient trouvé l'énergie de rattraper au galop.
 
        Pascale faisait le sémaphore pour implorer ma pitié mais j'essayais de ne pas trop me retourner, pour ne pas céder à la compassion. La vue d'ensemble était  vraiment pas chic:
        Clint Eastwood avait mal négocié la prise de pommeau, du coup, il a attrapé le troussequin, du grand art.  Son copain en culottes de cheval bouffantes s'était jeté plutôt sur l'encolure, mais à sa place, je ne l'aurais pas fait, c'est nettement moins vivable.
          Quand aux deux dernières c'était  carrément Waterloo: Les étriers en vrac, les rênes tout partout, elles avaient reçu sans avertissement la bombe sur le nez, on voyait plus que la bouche grande ouverte et qui devait crier des choses..mais j'étais trop loin pour entendre.
      
              Pascale, plus sensible aux cris sans doute, m'a encore fait un grand signe, j'ai compris qu'elle avait peur qu'on en perde un , j'ai crié "AU PAAAAS!"
        Il n'y a pas eu de commentaires. Peut-être qu'ils commençaient à avoir peur de moi...
        -"Qui veut galoper?" J'ai demandé avec mon air miel.
 
        J'ai senti comme un remous, derrière. "Sandalettes" m'a fait oui oui, avec un grand sourire. Mais c'était bien la seule. On sentait le reste de la troupe nettement moins enthousiaste. Je voyais bien qu'ils n'osaient pas dire non, question d'amour propre, mais que le moral était en baisse.
        -"Bon, on va faire une petite pause, à l'étang"
      Du coup, la bonne humeur est presque revenue. C'est comme si on avait  rebranché le son, niveau causette. Du coup pour faire vacances cinq minutes, on a tous mis pied à terre.
    
             Le problème, c'est qu'à l'étang, il y avait des travaux de curage..Un énooorme truc orange vif qui faisait un bruit d'enfer  et qui prenait toute la place sur le bord, là où on vient frimer devant les pêcheurs d'habitude.
     
              Consul s'est mis dans la position du setter Irlandais qui flaire le gros gibier:
                -Encolure à la verticale, nez à l'horizontale, et un antérieur paralysé en l'air, plus les naseaux en ventilation maximum.  Plus moyen de le faire avancer.
       Je le connaissais bien dans ces cas là: Si j'insistais, il allait faire un genre demi-pirouette sur les hanches, impeccable, et foncer dans le tas derrière moi..
Là, j'ai dégluti, et  d'une voix  "Droopy", j'ai dit:
        -" C'est rien, pas de problèmes, on va juste faire demi-tour."
        Je ne pense pas qu'ils se sont aperçus que j'étais morte de trouille.
    
                  Le plus drôle, c'est que pour eux, à ce moment là, y avait vraiment pas de quoi s'en faire. Ils ont même sorti les cigarettes. Ils devaient se sentir très "cow-boys dans la sierra" .
Les chevaux, eux, ils partageaient  bien mon angoisse. Et ils étaient drôlement  d'accord pour s'en aller.
        Ils nous ont un peu marché dessus quand on a rebroussé chemin, histoire de se rassurer, et là, j'ai pas eu de veine,  une trentaine de vaches venaient de s'engouffrer dans le raidillon  ,  50 mètres au dessus de nous.
       
               Ces quelques tonnes de laitières en vadrouille , ça m'a un peu mis mon moral dans les chaussettes,  vu qu'on pouvait pas vraiment passer à travers ni par dessus, et puis c'est bien compact, comme viande, sans compter les cornes..
        Elles avaient l'air contentes de nous voir, les vaches, question distraction . Nos chevaux étaient nettement moins chauds pour la rencontre.
       
        Comme je me disais encore qu'on  passerait coûte que coûte, j'ai proposé à Consul d'aller faire "bout de nez contre bout de nez" avec une de ces bestioles histoire de tester sa résistance . Il a du  détester le genre gluant colle-mouche qui caractérise les naseaux de cette espèce là  parce qu'il s'est mis à trembler de partout, et en se reculant il m'a décollé du sol sur trois mètres. Il est fort. J'ai pas tenté l'expérience avec les autres
                  En voyant la tête grisâtre de mes promeneurs,  j'ai décidé de prendre à gauche, par les orties.
             
 
             On s'en ai mangé 300 mètres, et ben, 300 mètres d'orties, c'est long..Et puis c'est plein de petites bestioles répugnantes. Je savais pas que c'étais la jungle, dans ce coin là.
         Derrière, c'était "Délivrance", même pas un soupir de protestation . Il faut dire qu'on avait intérêt à garder la bouche fermée, à cause des moustiques, et chacun essayait de marcher dans les fesses du cheval de devant , ce qui est moins convivial pour discuter.
              On a atterri dans un champ où on s'est remis à cheval comme on pouvait.  J'ai pas eu d'injures ni de regards accusateurs: ils ont eu pitié de moi, parceque j'avais ouvert le chemin dans les orties, ça se voyait très bien, je suis pas rouge à pois comme ça, d'habitude.
       "Sandalette" a juste été obligée de retourner ses bottes qu'étaient pleines de trucs innommables. Elle a même pas crié quand on lui a enlevé la grosse araignée jaune et verte qu'elle avait dans le dos. L'épuisement sans doute.
     
                Après quelques détours, on a retrouvé des chemins connus et qui sentaient encore un peu la noisette. On a pas refait de trot. Je voulais quand même qu'ils gardent un peu d'estime pour moi.
     
              Quand , au bout de deux heures, je les ai ramenés dans la cour, couverts de boutons rouges, en sueur, et plein de vert de bave, il était midi passé. La monitrice avait mangé ses cigarettes, c'est une angoissée, et envoyé Raymond, le paleu, faire les sentiers environnants en mobylette.
        Mais les adultes sont pas rancuniers. Quand la monitrice leur a expliqué qu'elle testait ma vocation, ils ont rit jaune, mais ils m'ont invité à déjeuner...
    
               J'ai pas de balade de prévue pour Dimanche...

 

 

 

Rédigé par Planeth

Publié dans #zistoires

Commenter cet article

Loïs de Murphy 06/03/2007 13:25

wow ! T'écris vachement bien ! Ca m'a rappelé mes années "équitation" il y a trèèèèèèèèès longtemps !
Continue c'est un régal !

Planeth 06/03/2007 17:32

très honorée!, je mauvis....

laurence 06/03/2007 10:36

Quand on a le moral un peu en berne ça fait du bien d'aller sur ton site.J'ai bien rigolé et c'est tellement bien imagé qu'on a l'impression de faire la ballade avec le groupe. J'attends la suite avec impatience,surtout continue!

Planeth 06/03/2007 10:53

je connais un truc encore meilleur pour ton moral ,lolette, et certains entêtés qui vont pas vous lâcher!! ;-)