Les joies du poney

Publié le 17 Mars 2007

 
 
                                
  Ce texte fait partie d'une série que je mettrai en ligne petit à petit mais qui date des années 1996 à 2000 environ..  

 

 Toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite..

 

                                        Les joies du poney
                
                                        
             Si vous voulez avoir un jour un exemple de l'abnégation de nos moniteurs, de leur patience infinie, de leurs innombrables et louables efforts, allez voir une reprise "poussin", le mercredi matin, au centre équestre le plus proche.
                - Il est onze heures , les "grands" de huit-dix ans dessellent avec la nonchalance et l'aisance des vieux routards. Des mini poneys de toutes les couleurs emmènent d'autorité au manège des cavaliers qui ne toisent  pas beaucoup plus que le mètre.  
   Les petits ont mis pour l'occasion des bottes rouges, vertes, bleues, des bombes qui leur mangent la moitié de la  tête . Ca commence là:
        -M'dame, m'dame! Il veut pas avancer, il mange!
        -Et, le mien! Il a marché sur sa rêne!
        -Mamannn! Il m'écrase le pied! J'veux pas çui là! Il est méchant!               
        -Non, ne le lâche pas, Antoine!  Antoine? Va le chercher, maintenant, aller!  Si si, aujourd'hui tu prends celui là. Il est très gentil, mais il faut le tenir, quand même.
        
        Après avoir récupéré tout son monde, la "monitrice-maîtresse-maman" , la seule du club à laquelle on songe pour ce genre de performance (elle est si patiente) s'enferme avec eux dans le manège partagé en deux pour l'occasion.
Les parents se postent anxieusement à l'entrée, provoquant l'inattention générale des  "poussins". Les caméscopes  sont prêts à bondir sur le scoop familial.
        -Maman! J'ai faim!
        -Maman! J'veux pas en faire! J'veux retourner à la maison!
        -Papa, regardes ce que je sais faire!
 Et le petit Maxime  d'essayer de grimper  sur son tout poilu poney.
        La mono doit aussi faire preuve d'un peu de condition physique, puisque pour finir, elle hisse cinq fois vingt kilos gigotants sur leurs selles.
        -"Charlotte! Attend avant  de partir, tes étriers sont trop longs!
Le temps que Charlotte reprenne ses rênes  en se couchant sur la crinière, qu'elle se les emmêle autour des poignets, qu'elle tire sur l'une d'elle au hasard pour revenir se coller dans le petit groupe, chacun est un peu parti à l'aventure, volontairement ou non.
         Romain martèle le cuir épais de la selle avec ses petites jambes comme des allumettes,  son Lulu serait tout à fait partant  mais il a la tête complètement tournée à droite par un ajustement  de rêne impitoyablement inégal .
        -"Aller, trotte! Trotte!"       
        -"Non, Romain, reviens te mettre au milieu, toi aussi, je vais régler tes étriers."
        -"Mais, m'dame, c'est bien, comme ça, j'suis bien! "  dit Romain qui a les genoux au niveau des mains.
        Au bout d'un petit moment, c'est magique mais les cinq poneys sont bien à la queue leu leu. Un épisode a du vous échapper, mais ce sont les secrets de la mono . Tout va bien, c'est leur troisième leçon. Elle sait qu'il faut être zen.
Peut-être qu'on pourra même trotter, aujourd'hui.
                Une fois là-haut, Antoine a pris comme les autres fois sa tête de cosmonaute. Il est en orbite autour de la mono, mais il ne regarde plus la terre, on appelle ça l'ivresse de l'altitude. Il n'entend plus rien, ne dit plus rien, ne fait plus rien.
         Il regarde sa maman à chaque tour,  et on sent que tout ce qui se passe dans le manège ne le concerne plus vraiment. Il sourit.
        Maman est contente, puisque son petit est bien là-haut. Pour les apprentissages, on attendra un peu, il n'a que quatre ans et demi.
        Il a pris ses rênes en paquet, et tient la selle des deux mains, au pas, on ne sait jamais. Les pieds sont enfoncés à fond dans les étriers, pointés vers le bas, son derrière est repoussé sur le troussequin...Peut-être qu'il faudrait essayer la télépathie pour lui parler.
        Romain-la-terreur-des bacs-à-sable essaye toujours de trotter, mais son Lulu a le nez dans les fesses de Petit Tonnerre, qui lui, est au pas, alors pendant que la mono ne regarde pas, il tire un grand coup sur la rêne gauche : inefficace, elle est dix fois trop longue .
 Alors sa main grignote la longueur de cuir à la vitesse de la souris sur un morceau de gruyère. Ca y est , ça marche,  il va doubler, il double!
        Mais Petit Tonnerre , tel le véhicule moyen sur la rocade, ne SUPPorte pas d'être doublé.  Il accélère à son tour, il va doubler aussi! Il double...Oscar ..qui a son tour...
        
        Et voilà, tout en désordre, il va falloir re-ranger les poneys, tss tss tss. La mono, paisiblement , attend la fin du conflit inter-poneys  pour remettre en l'état.
                Et Antoine , le cosmonaute, au milieu de tout ça!. Heureusement, il avait déjà cramponné la selle, tout son corps tressaute avec le petit trot saccadé du poney, son regard se fait  glauque, il ouvre grand sa bouche, mais rien ne sort.
        Son Petit Tonnerre , en colère, fonce comme un mini bison trapu avec à son bord un petit martien recroquevillé et complètement solidaire du mouvement.
        Ensembles, ils prennent le virage..., ils sont en tête!  Ouf, la monitrice connaît le scénario et les voit repasser au pas avec sérénité:  -"Tout va bien Antoine?"
          Comme maman vibrillonne, inquiète, Antoine assure, et en passant se fend d'un sourire horizontal, juste pour dire. Sa bouche est en papier, sa langue en carton, pas moyen de sortir une parole rassurante à l'auteur de ses jours . Mais il a trotté!
        
        Rassurez vous, tout cela n'a rien à voir avec : "attention des images peuvent heurter les personnes sensibles".  
         Entre les poneys, cela ne va jamais plus loin que des disputes sur "qui sera devant ", la mono les a dressés au sucre et au bisou, ils savent bien  que s'ils font des bêtises, ils n'auront ni l'un ni l'autre à la fin de la reprise. Du reste, si vous êtes resté jusqu'à la fin, regardez bien:   
        -"Bon, maintenant vous allez doubler individuellement et vous arrêter au milieu".
         Les petits cavaliers ne savent pas encore "doubler", encore moins individuellement. Pourtant les cinq poneys sont venus sagement s'arrêter ...tout autour de la mono, le bout de nez levé, les naseaux frémissants, pour un peu ils s'assiéraient!   Comme ils l'aiment à cet instant , la grande bipède avec sa queue de cheval, quand elle gratouille les chanfreins après avoir fait la distribution de
sucres.
 Tout s'achète, même la sagesse des poneys.
 
 

Rédigé par Planeth

Publié dans #zistoires

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mab 18/03/2007 09:36

Bien vu, mais Fille-Unique avait un mono qui peut se résumer ainsi:La reprise est bonne c'est grâce au poney, la reprise est mauvaise c'est la faute au cavalier, jamais "tu as bien travaillé".

Planeth 18/03/2007 10:53

hélas hélas, oui jen ai connu bp des comme ça, ou des "para militaires", ou des "injurieux"ou des "kékés-qui-s'la-pêtent", etc.. etc..mais  pour les tout petits , les gentilles mono-maman, elles existent!
 

Loïs de Murphy 17/03/2007 19:47

Excellent ! :o)

Planeth 18/03/2007 10:49

merci ! ;0)