Bouts d'avant (2)

Publié le 25 Janvier 2013

 

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1982, mais pas la grand-mère bleue et blanc

 

Hiver 1982

 

C’est quelques jours avant les vacances de Noël.

J’ai décidé de quitter le CEZ de Rambouillet, où j’avais entamé un TS hippique.

J’ai rangé toutes mes affaires, disposé en cartons ce que je ne pouvais pas emmener, déposé une lettre à l’hôtel où mon père va arriver d’ici peu pour me voir.

Le matin, je traverse avec mon vélo la cour du bâtiment, j’y croise la prof que nous devons avoir en début de matinée, après avoir fait les boxes. Elle m’annonce qu’elle aura un peu de retard, je souris et lui dis, ‘moi aussi’.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait de mon sac à dos, suis-je allée le déposer à la gare à l’avance, ou suis-je partie sans rien.

J’ai pris le train pour Rennes. Personne ne m’y attend. En arrivant à Bruz, j’appelle mon grand-père d’une cabine.

D’un ton égal , très peu enthousiaste, il me dit : Ah tu es là, bon, je vais venir te chercher.

 

La cohabitation sera  neutre, la maison est grande, je prendrai mes quartiers au premier, ne les dérangerai pas.

Je suis partie car l’instructeur qui nous enseigne pédagogie et équitation est un crapaud, il monte comme un crapaud, il a un visage blême et insipide de crapaud, et tout chez lui nous évoque la médiocrité.

Peu de temps avant de décider de partir,  je suis passée voir à son club Philippe Karl. 

Une étoile,

 Il est lumineux, son enseignement a de la grâce et sa façon de monter à cheval m’enchante. Il est déjà connu dans le milieu, surtout pour son travail à pied.

Et je l’ai raté. Deux ans auparavant il enseignait au CEZ.

Donc je ne pouvais pas rester.

 

Je vais m’inscrire aux Beaux-Arts, à la rentrée. Je passerai le concours. 

 

Vivre au Manoir, en marge de mes grands-parents  ne m’aide pas à me sentir autrement qu’un bathyscaphe.  Ma grand-mère surgit parfois dans le salon d’en haut pour  constater, elle constate que je mange de la purée à même la casserole, installée dans un fauteuil et les pieds sur une des petites chaise en bois doré si atroces. Elle reste  là, indécise, les yeux fixés sur ma casserole. Je ne sais plus ce qu’elle me dit, sa voix comme une trompette jouée par un sourd, avec des couacs tout le temps.

Elle est brusque , ses yeux bleus glacier ne paraissent jamais donner de chaleur, son menton est comme un petit rempart contre les avanies,  puis parfois elle rit brusquement, en deux coups, mais ça n’a pas l’air si amusant.

Je ne croise pas non plus beaucoup grand-père à ce moment là, je ne suis plus la petite fille à queue de cheval qu’il emmenait sur le motoculteur ou au fond de l’atelier , dans les odeurs de bois et de peinture. Nous somme étranges les uns pour les autres.

 

Il y a déjà eu l’expérience d’une brève cohabitation avec mon frère F, sans doute avec le même sentiment de gène, que faire de ce grand corps tout le temps fatigué,  avalant bouteille d’eau sur bouteille d’eau, c’était quelques années auparavant.  F était tout simplement devenu diabétique brutalement.

 

Alors, a-t-il peur qu’une malédiction ai décidé de jeter dans ses pattes cette progéniture décadente ?

Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

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