être clos

Publié le 26 Décembre 2013

 

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Ce qui me déroute un peu, ici, dans la ville, c'est la transformation du mot "fermer".

Je n'ai jamais rien fermé, on a jamais fermé, rarement le réflexe de tirer un portail, de mettre un tour de clé à la porte en sortant, voitures ouvertes, portes entrebaillées.

Sans doute qu'on ne s'est pas trouvé assez frotté à la réalité de l'entrant chenapan, qui kidnappe, dérobe, souille et effraie.  

Et même, même quand on s'est retrouvé comme deux ronds de flanc, parce que quelqu'un , une nuit avait déposé comme un oeuf de Pâques un cadeau de plastic dans notre pot de fleur, même ensuite, le jardin est resté accessible, les clés dans les tiroirs, et parfois même, le portefeuille sur le plat bord de la voiture...ouverte.

 

Ici, on entre par une grille, avec un code, puis dans un immeuble, avec une clé, puis dans un  appartement, avec une autre clé.  J'entends que les gens qui rentrent chez eux donnent un tour de verrou.  

Je ne sais pas si c'est de trouille, je ne pense pas du tout que ce soit ça, la source. 

 

Je pense que la vie dans un immeuble au milieu d'une ville est comme la vie d'une abeille dans une alvéole, comme la vie d'une souris dans un petit terrier, 

L'idée est d'être dans ce grand corps de ville, bruyant, parfois brutal, avec beaucoup de lumière, beaucoup de bruit, et tant d'histoires, et qu'on s'en retourne à chaque fois dans un petit espace tellement à nous, tellement personnel, tellement abrité, et pourtant, tout au coeur de la grande machine.

Cette idée là me plait, elle me plait même énormément, elle me concentre. Quand je suis dans cette alvéole, j'ai l'impression que tous mes neurones sont autour de moi, tout près, vibrants, connectés, pas éparpillés, et protégés par le fait que tout vit à l'extérieur, que tout est là, qu'il n'y a pas besoin d'égarer sa pensée , car les autres sont juste au dehors.

Je suis seule et avec tous à la fois, le bruissement autour, les bruits de voix des autres appartements, les autres vies, sont là comme un paysage .  

Quand j'étais petite, je ne pouvais pas m'enfermer dans ma chambre pour travailler, j'avais besoin de laisser ouvert pour entendre les bruits, je ne m'endormais jamais aussi bien qu'au milieu de tous, 

C'est ça. 

Il y a eu méprise, je me suis cru ermite, à travailler tout ce temps dans des lieux avec juste des bruits de vent, d'arbres, et j'ai cru aimer ça.  Mais j'aimais ça.  

Mais aussi je me sentais émiettée, distendue, transparente parfois.  


 La contre-partie est d'essayer d'attraper cette habitude d'écroueuse, trimballer ces trousseaux qui tintent, se tromper,

 je suis comme Alice, les clés sont des attrape-mystères.

Rédigé par Planeth

Publié dans #pensées dans le miroir

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