La mémoire sensitive,

Publié le 14 Mars 2012

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        Dans cette période où je tente de garder en mémoire les sensations de mes doigts sur les pouls, de mettre des mots sur ces sensations, de les classer de les ranger quelque part en moi-même, je me rends compte qu'au fait, le toucher est rarement consciemment mis à contribution dans le registre des souvenirs.

 

C'est pour cela que j'ai autant de défiance quand à la capacité de mes neurones à garder l'information sensitive. Je ferais mieux de laisser faire.

 

Je me souviens parfaitement de ce qu'on ressent au toucher de l'entrenaseaux d'un cheval, ce petit velours soyeux , légèrement plissé - tendre .

 

Je me souviens aussi distinctement que possible de la sensation de mes doigts glissants sur des rênes devenues incontrolables, poisseuses de pluie et de sueur,  au milieu d'un parcours d'obstacles, en 87.

 

Et quand on pose ses mains sur ces bouquets d'herbes qui semblent très douces au regard, en montagne, mais qui se révèlent bien plus agressives que prévu.

 

La sensation des pierres sèches, recouvertes de lichen ou de mousses ,

 

La peau des bras de ma grand-mère, froide, douce, molle, et si légèrement fripée.

 

la peau des arbres,

 

Le gluant des poissons

 

Plonger ses doigts dans le sable..

 

Vous voyez, vous les connaissez aussi très bien, ces sensations, on a pas eu besoin d'y réfléchir, elles nous ont marqués à tout jamais, même parfois quand on ne les a ressenties qu'une seul fois.

 

Alors pourquoi s'en faire, bien-sûr que je vais m'en souvenir , du pouls de J, ou de celui de B, , de cette caractéristique si délicate, de ce rythme si particulier, de ce petit roulé sous la peau, de cette petite vibration comme un crissment de sauterelle, ma raison n'a rien à faire dans l'histoire, le petit pot bien fermé qui la contient reviendra me livrer son  contenu dès qu'il se présentera une sensation voisine, j'en suis sûre.

 

Je vais peut-être m'amuser à retrouver des sensations très anciennes, qui sait jusqu'à quel âge je pourrai remonter?

 

Et les odeurs, hein? Ahhh les odeurs....la madeleine de Proust à côté c'est de la gnognotte, l'odeur agit sur nous comme un électrochoc de sensations groupées, une humeur, un sentiment, une ambiance , un fragment d'âme..

 

Bref, c'est de riches boites à trésors tout ça, on devrait les ouvrir plus souvent...

Rédigé par Planeth

Publié dans #pensées dans le miroir

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Planeth 04/04/2012 09:42


Oh ouiii, l'odeur du soupirail, froide et terre humide comme une respiration, je l'aime aussi!!!;)

Lyjazz 03/04/2012 14:07


Tu as bien raison. 


Et regardant mes enfants je vois qu'ils sont souvent dans leurs sensations. 


Mon cadet par exemple, quand on trouve un vêtement oublié par un copain, met son nez dessus et dit sans coup férir à qui il appartient... 


Et dans les bois, je caresse les arbres, troncs, feuilles, je les hume. L'odeur d'un soupirail me chavire.... surtout dans une ville empierrée, me transporte 40 ans en arrière....