Tu filosofes, Marceline?

Publié le 16 Septembre 2010

 

   Voilà...

 

Voilà c'était la rentrée, on est habitué, mais habitué aussi  à penser que tout recommence de la même façon, comme ces enièmes reportages saisonniers..

Moi aussi je pense que je suis pareille, la pareille d'automne, comme j'étais la pareille d'été,

 Pourtant je le sais, que notre paysage interne est aussi vivace et fugace que l'externe, mais c'est comme si à chaque fois qu'on est dans un certain état, d'esprit et de corps, cela devait durer toujours  ...

Quand S vient me voir avec une douleur, un souci, il l'exprime toujours de cette façon, :" ça fait super longtemps", ou "c'est depuis tout le temps"... Moi je m'affolais de penser qu'ils avaient tant de maux ancrés en eux, et puis ensuite je me souviens que moi aussi lorsque j'ai un petit quelque chose qui me tracasse, il me semble qu'il a toujours été là, ou en tous les cas qu'il y sera toujours..

 

On nous dit de vivre dans le présent, mais je crois qu'on y est tellement, dans le présent qu'à nos yeux tout est immobile. Le souci ,si souci il y a est un monument de présence indéracinable, le petit bobo, la petite douleur agacante, elle aussi n'a pas de temps limité.

 

Pourtant, si on y prête attention, à quel point nous changeons!  Tout se module sans arrêt, confronté à notre trompeuse vision immobile: je me dis: je suis ainsi, j'ai tel trait de caractère, j'ai telle envie. Et l'instant d'après ce n'est plus vrai.

 

Pour rester fidèle à quoi que ce soit, on doit faire un effort de volonté, y penser, s'en donner les raisons, ou suis-je la seule à faire ce travail?

Mon penchant naturel me pousse à laisser toujours se modifier mon entourage, mes habitudes, sans que j'y puisse grand chose.

Ma raison est pugnace et casanière, elle me susurre: "mais si voyons, tu sais bien que tu es ainsi!"  Mais la réalité, les impulsions, les souffles emportent cet édifice faussement ancré.

 

La peinture me permet de prendre  sur le fait ce mouvement incessant, car le lendemain d'avoir posé quelque chose sur une toile, avec des intentions bien précises, je me retrouve transportée sur une inspiration bien différente,

Le soir j'éteins avec la satisfaction d'avoir mis en germe une image qui me donne envie de la poursuivre, mais le lendemain, elle a filé et je suis dans cette humeur de lendemain qui n'a plus rien à voir.

Jurer ses grands dieux que désormais l'on a décidé que notre goût nous porterait vers ceci ou cela, et c'est déconstruit aussitôt par les faits.

 

On s'inquiète d'une chose qui n'est pas: peur d'être restreint à son pauvre soi, sans imagination, et c'est l'inverse qui sans cesse se produit, sans que nous veuillons bien l'apercevoir.

 

Je me suis aussi aperçue d'une chose, qui est là sans que nous la voyions, c'est l'idée de bonheur..

Le bonheur , si je suis ma théorie d'aujourd'hui qui sera sans doute autre demain, est cet état qui nous effraie tellement que nous repoussons absolument l'idée d'y être confrontés, l'état du rien. Rien pour les esprits contamment échauffés qui sont les nôtres, (ou en tous les cas qui est le mien).

Chaque jour apporte sa moisson de menus soucis, inquiétudes, désagréments physiques, voire maladies, et si par hasard dans le tranquille quotidien, il n'y a plus rien de tout ça, on est si peu habitué à cet état que tout nous pousse à le chasser: j'ai l'impression que chez moi, mon insconscient affolé va cogner sur ce vide jusqu'à ce qu'il trouve un moyen de le contourner: je m'emplis l'estomac jusqu'à en être mal, je me mets à fumer, ou m'invente un souci, ou m'accroche aux menues broutilles qui ne me posaient pas problèmes..

 

On n'arrive à se confronter à cet espace vacant que si quelqu'un ou un évènement nous sert de cadre, une obligation, une parenthèse qui n'appartient pas au quotidien:

 

Le train, la convalescence, la méditation, etc...

 

Mais avouez, quel rare plaisir de découvrir ces plaines libres de notre esprit, tout à coup, ça fout le vertige, non?

 

Apprivoiser cette sensation au jour le jour, oui je pense que c'est ça le sentiment de bonheur, rien de criard et de trépidant, juste un immense espace  où nous pouvons commencer à goûter ce qui nous parait d'infiniment microscopiques sensations.

 

    Sourds au pays des sourds, aveugles au pays des aveugles, quel apprentissage peu évident!

 

 

Rédigé par Planeth

Publié dans #pensées dans le miroir

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Lyjazz 20/09/2010 23:57



Tu décris très bien ce changement subtil, que l'on cherche à capter, parfois, pour savoir s'il était bien ou non, que l'on aimerait garder lorsqu'il nous plait.


Et pourtant, quand tu parles de tes tableaux, et qu'on les voit terminés, on peut se dire que chaque jour, malgré tes changements d'humeur, tu as rajouté un morceauc, jusqu'à ce que cela forme un
tout, qui te ressemble, nous permet de voir une facette de ta personnalité, une idée de toi, esquissée quotidiennement jusqu'à la rendre visible à tous. C'est en quelque sorte une partie de la
quintessence de Planeth que nous contemplons.


Et c'est encore plus étrange et subtil que la simple évocation quotidienne de ma vie.



Planeth 21/09/2010 23:11



Wow;.. c'est joliment dit...merci ;0)



mab 17/09/2010 07:22



C'est ce que tu as appelé un jours les pensées papillons, pas toujours faciles à canaliser.



Planeth 21/09/2010 23:12



Ah mais non pas du tout, mab!! ;0)  les pensées papillons pour moi, ce sont les irruptions soudaines de flash du passé amenées par des images, des odeurs, des sons....