Au
printemps dernier, un essaim d'abeilles est venu se loger sur les sacoches d'un vélo garé sur la place de la Trinité, et même on était là ce jour là, et c'était drôle de voir la réaction des
passants, pas du tout effrayés, mais intrigués, presque attendris.
Les abeilles sont plus fûtées que nous.. Elles ont remarqué, elles, depuis quelques temps, qu'il fait meilleur pour un être vivant s'installer au coeur des villes plutôt qu'au bord.
Depuis longtemps déjà, je m'étais déclarée pour toujours rurale jusqu'au bout des ongles, jusqu'au
bout des pieds nus et de la tête dans les arbres.
Et puis, depuis quelques temps, l'image, la belle image de la campagne s'effrite.
Depuis notre commune de L. qui nous en veut tellement d'habiter là, sûrement, qu'elle nous promet un traffic dense de voitures et de camions, une zone artisanale, un immense lieu de
compostage et que sais-je encore, comme si l'on avait déjà pas tant à faire avec la grosse 4 voies qui vient de se terminer et qui n'est insonorisée que sur la moitié...
Elle réveille d'ailleurs dans notre hameau un esprit d'irréductibles Gaulois et nous force à fourbir nos armes. Très nouveau pour moi, cet état là...
Habiter dans l'ombre d'une grande ville, c'est admettre bon gré mal gré que l'on sera soumis
aux lois de la libre circulation de tout ce qui roule, au remplacement de toutes les zones que l'on trouvait belles au profit de ZA, ZI et autres Ztupéfactions. Voir les charmants bois, les
haies, les prairies, disparaître à coup sûr.
Nulle part où l'on pose ses valises, on est assuré d'avoir la paix . On doit avoir le profil méfiant et la vigilance extrême, consulter cartes et plans de mairie,
interroger le voisinage, supputer la proximité des grands axes.
Rien de tout cela nous n'avions fait, naïfs ou idéalistes que nous sommes. J'avais juste repéré la proximité de la forêt, le fait d'être à
l'Ouest, donc un peu moins loin de l'Atlantique, symboliquement, et côté Gers parceque le Gers, n'est-ce pas, c'est encore la campagne.
Je crois bien que d'ici quelques années, si nous sommes encore là, nous serons cernés par la civilisation dans ce qu'elle a de plus ingrat à nous offrir, paradoxalement de moins humain, de moins
bienveillant.
C'est le lot de celui qui ne veut être ni totalement citadin, ni Robinson Crusoé à des kilomètres de toute civilisation.
Vivre près d'un village, à quelques dizaines de kilomètres de la grande cité...
Pleine de cette amertume fataliste, je suis allée me balader dans le centre de Toulouse, l'autre matin.
Il faisait cet espèce de temps si limpide de Septembre, la douceur de l'air, traverser le Pont Neuf, qui est si long, si vaste et si gonflé de la vie possible en ce lieu.
Un espace extraordinairement romantique à cette heure, le plaisir d'observer son prochain qui finalement est un des plus passionnants animaux qui soit, oui, je l'avoue,
peut-être plus qu'un couple de lièvres, que l'agitation du pic épeiche,ou les turbulences d'un écureuil.
Les voitures sont au pas, car en centre ville, n'est-ce pas, ce ne sont plus elles les reines, le bruit de la ville est juste une respiration sans heurts, là au milieu du pont, les silhouettes
sont pleines d'histoires racontées.
Finalement, je me demande si je ne vais pas me poser là, tout simplement, et regarder, tout est si riche.
Il semble bien que quelque chose se soit en modifié en moi. Que depuis quelques temps, les villes, les capitales que l'on
a visité récemment, me fascinent de plus en plus.
Quelque chose m'a quitté: le besoin de repli, le besoin de se cacher, de se protéger. Aussi, j'ai l'impression que je peux désormais me nourrir sans peur de tout ce que m'offre la
proximité de l'humain. Et le spectacle est infini.



Koikadi?