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Publié le 3 Août 2015

Je suis retombée ce matin sur ce texte de Mai 2013,  écrit suite à une expérience de RED (rêve éveillé dirigé), il m'était complètement sorti de la mémoire

 

 

 

Allégeance

 

 

 

J'ai tiré la corde et au bout il y avait un morceau de bois pourri.

 

Le déclencheur : certainement, le fusil  de  l'arrière-grand-père (RED) qui mène à l'idée de cette lignée dont les mots d'ordre ont été : domination, ordre, contrôle.

Et aussi le rêve que j'ai fait l'autre nuit, sur ces énormes troncs pourris qui me menaçaient et que j'ai fait tomber à terre.

 

La maison porteuse  : Le Manoir

 

Si je suis du doigt cet arbre généalogique, je sens les aspérités, les duretés, les accrocs, le peu de don pour le bonheur. Mon frère, mon père , ma grand-mère et certainement mon grand-père, mon grand-oncle Camille, tous minés par une dépression larvaire, une aspiration vers une mélancolie mortifère et improductive.   Camille , tuberculose.  Papa,  suicide inconscient,

 

A nous cinq, mes quatre frères et moi, nous avons eu trois enfants.

Comme une branche qui finit par se rabougrir et sécher.

 

Chez moi, trois allergiques, poumon fragile

 

Cette maison nous a pesé, nous a miné. J'ai senti son poids, sa présence parfois hostile

.

Nous avons eu raison de la vendre, et je comprends mieux pourquoi je me suis débarrassée de tous  les objets que j'avais pu conserver d'elle.

 

Peu importe ce qui a pu nourrir cette chose en elle, des événements du passé, cela ne nous concerne plus.

 

Il y a d'autre choix que la mélancolie et la tristesse, aucune espèce de fierté à tirer de cela.

Je ne veux plus me laisser écraser par cette relation à ma généalogie, cette fidélité, cette allégeance.

 

Les hommes, et parfois les femmes de la famille Patay se sont comportés comme des despotes, imposant leur loi, une certaine idée de la morale et du contrôle. Les choses qu'on doit faire, ce qu'on doit penser,  Il y avait l'époque, il y avait le lieu, une famille entièrement dévolue à la guerre en 14/18,   récupérant ses deux fils d'à peine 20  abimés à vie, souffrants à vie .

 

Mon père envoyé à 13 ans par son père comme « volontaire » pour déblayer  les corps dans un train dévasté par une explosion en gare de Rennes.

 

La dureté chez mon père, sa mélancolie permanente.

 

Un choix.

 

Je suis libre.

Je fais le choix de la joie , et de créer encore et encore .

 

Ce passé m'appartient, il est en moi , comme il est dans mes deux fils, mais il doit rester à sa place, comme un stigmate , une cicatrice refermée. 

 

Je crois que la cigarette est la dernière cartouche que je concédais à cette allégeance, donner prise au désir de mort sur moi, une lutte. Donner raison à la tristesse de parfois me submerger."

 

 

 

 

photo F Patay

photo F Patay

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Publié le 11 Janvier 2014


 

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  C'est bizarre les images-souvenirs, quand on n'essaie pas de les ranger proprement, de les classer, de les habiller comme il faut..

Ce matin ,  je me suis réveillée avec des mots et des flash

Il y avait des dents, les dents très bien rangées, petites et parfaites de mon père , des mâchoires musclées et carrées qui broient, des éclats de lumière sur des fusils posés sur une table brune, des éclats de voix

Il y avait des mots : incendie sous la peau, prédateurs, carnassiers, viandards

Mon père bouillonnait de chaleur interne et pendant longtemps, je suis allée me coller à son flanc le matin, comme un chien contre un poêle .
Le soir , je m'endormais de la même façon, sur le canapé du salon, lovée dans son antre, comme dans les pattes d'un ours

Lorsqu'il était en colère , il devenait rouge et ses yeux faisaient des éclats noirs, ses hurlements sortaient comme la vapeur d'une cheminée de paquebot, les mots les plus humiliants sifflaient sur nos têtes,

Mes signes sont de feu, tous. Et pourtant, ou peut-être justement à cause de ça, la présence de l'eau me fait me retrouver, m'apaise , les endroits marquants pour moi sont les ponts, les bords d'eau, les rives, voir le courant..

Les souvenirs sont brülants, incendies sous la peau...

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 7 Octobre 2013

 

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l'illusion de...                                           (Malaguet, 1967)

 

 

      Dedans les bois, ce soir, à fouler et tâtonner du bout du pied pour voir si j'en aperçois la tête d'un. Je me demande pourquoi c'est si essentiel, de chercher les champignons.

   Pourquoi c'est dans les encoignures de mon cerveau, et que ça fait des pshitt lumineux dès que j'aperçois un angle de forêt?

 

    Pourquoi c'est un fantasme et que du coup je ne prends même pas la peine de faire les kilomètres nécessaires pour me donner les chances d'en trouver.

  Pourquoi je me contente de ce qui pourrait être, pourquoi je me contente de juste parfois l'odeur qui pourrait être celle.

 

Juste dans les bois, avec l'espèce de chambre que ça fait sous les voiles des arbres, à couvert.  Traverser , couper , rompre avec le chemin, pour mieux s'emberlificoter  entre les branches tombées, les souches auprès desquelles on s'agenouille presque, les tas et les tas de feuilles de l'année dernière, et le chien qui s'éparpille.

 

Je sais, ça y est, j'ai vu,

On est dans un chemin creux en Bretagne , et sur la haute bordure, tout à coup je le vois, un cèpe, une tête ronde sombre et luisante, il est beau comme un nouveau-né et c'est moi qui l'ai vu la première.  

Il y a mon père, il y a ma mère, et sans doute deux ou trois de mes frères.

 La cueillette des champignons..Les trompettes de la mort dans les bois près de la Noé-Luce,  les girolles dans les allées d'herbe au milieu de la forêt de Paimpont, et  le Bager quand on habitait Pau, les immenses pentes roussies sous les chataigners, qui donnaient envie de faire du toboggan sur les fesses.

Un truc qu'on faisait en famille... Le truc..
C'est con... c'est ça qui est resté, dans une petite planque dans un coin de chez moi.

Les champignons, c'est la main de papa, les "houhouuu " de maman qui se perdait tout le temps, les trop de vêtements parcequ'il risque de faire frais, et qui finissent tous attachés par les manches, autour de la taille, et on se sent à la fois tout encombré et tout libre .

L'illusion de ...

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 30 Juillet 2013

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Aujourd'hui, me suis envolée en pensée vers mon aïeul, l'arrière grand-père Louis Eugène Antoine Fourneron, né à Saint-Vallier le 2 juillet 1863, Ingénieur des Arts et Métiers.  

Je sais pas, il m'intimide celui-là, j'ai plus de familiarité avec celui de Saint-Agathon, Yves Marie LeJean, chauffeur mécanicien ,

 Bon c'est pas tout, ça, la patouille m'attend!  Quels drôles de circuits font nos pensées en liberté...

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 29 Mai 2013

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photo hiver 76.

 

   

1973

  Quel choc ça a dû être pour maman de quitter Gardes pour un appartement en centre-ville à Pau, avec papa .

On avait passé une année si lumineuse dans les collines, moi, trois de mes frères et ma mère.

Si libre, si pleine et si large. 

Sans doute pas beaucoup de confort, moi et mes frères dans la même chambre, le froid, un certain minimalisme matériel, les longs trajets en vélo pour l'école et le collège,

Mais tellement d'autre chose, cette autre chose qui nous ferait de nouveau si totalement défaut les années suivantes.

Pas le paradis pour l'enfer, non.

L'ivresse pour la retenue, l'espace pour la contrainte, la joie pour la grisaille.

En ce moment il y a une phrase qui surnage dans les réseaux , une citation de Duras:

"Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours"

J'en suis là .

Quelque chose qui suffoque en moi, comme en souvenir de cette époque, un rappel lancinant, comme si j'étais une petite girafe née sur le sol africain et élevée ensuite dans un parc animalier.  Un appel.

Sous les injonctions contradictoires et entremêlées de notre enfance, les déclarées, les souterraines, quels choix faisons nous? 

Les plus lisibles sont suivies avec confiance et sentiment de légitimité, jusqu'à ce que..

Les souterraines ne se laissent jamais oublier.  Un éclat de la lune, un passage de nuages et hop,  cela vient comme une larme lourde affleurer .

Il faut du temps pour l'entendre, il m'a fallu du temps, être sage,

Il ne faut pas se pencher par la fenêtre du train, car sinon, on risque de vouloir s'envoler .

***********

 

Notre chambre est une grande pièce avec deux fenêtres, la porte est une grande pièce de bois un peu gourde, qui chuinte et achoppe à l'ouverture, le clenche est brun rond, il fait un bruit haut , assez joyeux, quand maman le soulevait pour nous réveiller le matin.

Avant ça on avait entendu les cuillères sonner dans les bols jaunes en pyrex, le bruit du sèche-cheveux pour allumer le feu, le gémissement du tiroir pour attraper le pain.

Ce sont trois petits lits maigres et mal élevés, et un gros lit bateau ancien pour mon frère aîné.

Il y a les couvre-lits à fleurs qui datent de Nouméa,  une armoire en bois jaune,  un grand rideau beige sensé nous séparer moi et mon frère Y , de nos deux aînés. Nous sommes répartis aux quatre coins de la pièce.

Il doit y avoir une table jaune aussi au milieu, peut-être.

Mon frère F dort sur le ventre, il a chassé son oreiller qui traîne à terre, de mon frère Y  je n'aperçois que les cheveux noirs.

M dort sous le trou dans le plafond qui permet à un petit loir de lui envoyer des miettes sur la tête.

Le plancher sonne creux sur la cave, les murs sont comme une mer assez calme , pas très lisses, pas très plats, enduits de blanc,  au dessus de mon lit, une affiche d'Ennio Morricone pour "Mon nom est Personne" .

Les distances qui nous séparent les uns des autres sont très codifiées, je ne transgresse pas les limites, tout juste la traversée vers le lit de mon frère Y, car il a les journaux que je lorgne, les Pilote .

Ce sont des frères, on ne passe pas notre vie à s'embrasser pour se dire bonsoir, ils ne sont pas particulièrement attentifs à moi, ni tendres, je les observe, c'est un monde étranger.

Parfois ils se moquent de moi, lorsqu'un gros insecte non identifié se jette bruyamment sur mon couvre-lit et que je pousse des hurlements.

La nuit est plein de grattements, de crissements, le grenier est très peuplé.

Dans la grande pièce à tout , tout est tanguant, on s'installe sur les chaises paillées et elles font un petit balancement sous notre poids, on s'appuie sur la grosse table de châtaigner et celle-ci fuit légèrement sous notre appui, 

Pour aller à la cuisine qui est un petit appentis à côté de la maison, on passe par dehors, comme ça on voit le temps qu'il fait. 

La cheminée prend tout un mur, le petit rideau qui la chapeaute est comme une mini jupe dérisoire pour cacher sa nudité,  il y a un gros divan et des fauteuils comme on jure qu'on en aura jamais chez soi, avec un velours à gros motifs, rouges sombres et verts, et des accoudoirs tournés en bois sombre, ils sont lourds , laids et confortables.

Il y a un petit poste de télé tout bombé et qui crachote des images approximatives.  A chaque coup de vent, un des grands file sur le toit pour persuader l'antenne de faire quelque chose.

Du coup on se rabat sur le feu, et depuis qu'il y a Black avec nous, le petit cocker noir, F le fait tourner en bourrique avec des jeux fous.

L'ami D vient parfois jouer de la guitare, ou entamer des discussions neptuniennes avec maman . 

La suite une autre fois.

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 10 Mars 2013

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Silbar, PS,(81)

 

Eté 81

J'ai 16 ans, mon amie G m'a proposée que nous allions voir au culot les entraîneurs du domaine de Sers.

Je ne sais pas comment nous nous débrouillons, mais je vais venir tous les matins à 6h à l'écurie de je-ne-sais-plus-qui pendant le mois de .. Juillet? Août?

C'est très flou, je me souviens que je suis d'une timidité écrasante à l'époque. Comment ai-je fait pour atterrir là-bas et surtout m'y présenter le premier matin?

Il me semble qu'ils sont quatre, l'entraîneur et les lads , c'est une petite écurie, il doit y avoir une dizaine de chevaux..

Je descend en mobylette de mon coteau. J'ai dû faire comme souvent dans ces cas là, me mettre en mode off pour passer l'épreuve, peut-être pour ça que j'en ai si peu d'images. L'arrivée, présentation, explications.

Je sais qu'ils m'ont dit : tu te mets en selle dans le box, si tu n'y arrives pas, tu nous préviens.

Je prépare un grand PS bai brun, je crois qu'il s'appelle Le Béout ou quelque chose d'approchant.

Les purs sangs et anglo de course, on en a l'habitude à La Bride, les réformés, parfois ils sont abimés par les courses, les tendons marqués par les feux, ils arrivent à 4 ans, jeunes pour un centre équestre mais trop vieux souvent pour courir.  Je sais  qu'ils détestent le coup de brosse agressif, la peau d'un PS est très fine,  parcourue de frémissements. Il faut y aller tout en douceur. 

Les boxes de chevaux de course sont très bien paillés , ça remonte généreusement sur les côtés.

Je ne veux évidemment pas demander de l'aide, et Le Béout est gentil, il me laisse me hisser sur son dos comme je peux. Je suis fière comme un bar-tabac en poussant la porte du box pour sortir.

Se faire régler les étriers sans poids à une hauteur extraordinaire, sentir le cuir dur et fin sous ses fesses, si peu d'assise, je n'ai jamais fait ça.

Le domaine de Sers est immense, il y a les pistes d'entraînement, le champ de course n'est pas très loin,  le terrain de concours complet, le terrain de CSO, les multiples écuries, des allées  de terre trouées par le passage des chevaux, on s'approche en petit groupe des pistes. La plus extérieure est réservée au pas, on commence toujours pas ça, je ne sais plus combien de temps, très longtemps, j'ai mal au cul. Mais le temps de m'habituer un peu.

Les gars doivent me parler sans doute mais je ne répond pas ou à peine, dans ces situations, je n'ai pas accès à mes mots.  Je sais qu'ils me surnomment 'la cavalière", d'abord parce qu'il y a très peu de filles et surtout très peu avec une bombe et qui viennent de club.

On démarre la détente au trot,  le trot enlevé à cette hauteur , ça tient du jokari, je dois faire attention à encaisser les rebonds , sinon je me soulève à une hauteur ridicule.

Les gars m'ont expliqué comment canaliser Le Béout pour le canter,  on doit croiser les rênes sur l'encolure, et les bloquer, les mains tenant deux sens de cuir de chaque côté, ainsi le cheval est contré par sa propre force. C'est le "pont".

Je ne sais plus quel a été mon ressenti la première fois que nous sommes sortis sur la piste de canter, d'ailleurs je ne sais plus s'il s'agissait de Le Béout, il y  avait aussi un cheval noir (un nom en "i"?), assez âgé pour la course, très rôdé, il m'a servi de professeur, mais je ne sais plus son nom.

Tout d'un coup, on  jaillit sur la piste, c'est comme si on ouvrait grand une porte, il y a un élan de tout le corps, des deux corps en même temps, et tout de suite on doit prendre la main.

  La piste, la lumière, le vent, le souffle, les articulations qui dansent, et tout avoir dans ses deux mains, la maîtrise de la vitesse, la maîtrise.

Les yeux plein de larmes, et le martèlement dans le sable.

Le reste , la pause de 10 heures pendant laquelle on est tous assis dans un petit local, je n'ai rien prévu, les gars mangent, m'en proposent, je meurs de faim mais je dis non, non merci, ou juste je secoue la tête.

Il y a trois lots ou quatre lots à passer, je ne crois pas que je les fais tous.

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 13 Février 2013

Yves

Faire une cabane c'est comme chercher les champignons, avec l'habitude, les yeux voient tout de suite, l'endroit, l'endroit juste,  le creux invisible semi caché, les herbes plus hautes, un tronc pour adosser deux planches, peut-être une fourche ou un rocher pour faire  l'étage

Dans les buis, y a une espèce de lumière sous-marine, bleutée, on dirait que c'est le soir tout le temps, pas de bruit, presque pas, sous les buis rien ne pousse, ils sont trop serrés, les petites feuilles dures en toile cirée, le soleil ne passe pas

Les branches sont  tordues et fines comme des vipères, mais elles ne casseront pas, on peut grimper dans un buis,  le bois est dur et frais sous les doigts, un peu gratté de mousse sèche, l'écorce est lisse,

Bien-sûr j'aimerais mieux pouvoir aller dans la cabane aérienne de mes frères, mais je n'ai pas le droit, le plancher est au dessus de la pente, au dessus du vide et on est pas sûr que ça tienne, , quand on y pose le pied, quand on s'avance , ça fait bouger tout le train, ça se balance , les petits troncs têtus des buis porteurs ne peuvent pas s'empêcher  d'osciller,  mais se pencher au-dessus de la rambarde, et voir la dégringolade jusqu'en bas, ça fait un peu tomber l'estomac.

La pente on la prend avec un carton sous les fesses, en général, on le quitte à mi-pente, on glisse avant lui et on finit sur le fond de pantalon.  Le tout, c'est surtout d"éviter les troncs, 

Toute la pente est couverte de buis hauts comme de vrais arbres

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 11 Février 2013

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  On a 15 ans sur les deux petites photos carrées, pas très bonnes. Puis plus rien.

 Et tout à l'heure elle a poussé la porte, je ne l'attendais pas,  je lui ai dit: il me semble qu'on se connaît.

Bien-sûr qu'on se connaît, ça été ma meilleure amie de Gardes, des collines et des pierres blanches, des herbes sèches, des figues, des chèvres et de la minuscule école de Saint-Urcisse.

Mon amie du vélo sur la petite route mangée, des yeux remplis de larmes dans la descente vertigineuse de Granioulet, des osselets griffés sur le carrelage, du chien pas super causant ni aimable, là pour garder pas pour jouer, du frère en mobylette, qui peut fabriquer une maison avec ses mains, tout seul, et jouer aussi Villa Lobos..

des chèvres qui s'éparpillent dans la colline, et nous le cul dans les herbes piquantes et les cailloux .

Ma copine avec son caractère, têtue avec le sourire, pas qu'on lui marche sur les pieds;

Elle m'a redonné des noms,

Ce nom dont je n'avais gardé que le son : comme un bruit de coquillages qu'on frotte ensemble

Un autre nom: j'avais dans un coin une image de route, d'une cour, d'une chute à vélo, mais pas de personnages dans la scène, et là, avec le nom, j'ai vu ... du blond, pas de visages, puis, avec les prénoms, les visages sont apparus, ils étaient si proches.

On croit que c'est très loin, mais on a pas ouvert la bonne boite,

Mes souvenirs de Gardes sont précieux et concentrés comme une liqueur, dedans, il y a du toucher, des odeurs, des sons, et des saveurs, les images sont fabriquées de ça.

 

 Gardes, c'était notre parenthèse, notre année enchantée, loin des crises et de l'ambiance de plomb habituelle, on vivait au rythme fantasque de maman, une liberté rugueuse , dure et douce.

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs

Publié le 25 Janvier 2013

 

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1982, mais pas la grand-mère bleue et blanc

 

Hiver 1982

 

C’est quelques jours avant les vacances de Noël.

J’ai décidé de quitter le CEZ de Rambouillet, où j’avais entamé un TS hippique.

J’ai rangé toutes mes affaires, disposé en cartons ce que je ne pouvais pas emmener, déposé une lettre à l’hôtel où mon père va arriver d’ici peu pour me voir.

Le matin, je traverse avec mon vélo la cour du bâtiment, j’y croise la prof que nous devons avoir en début de matinée, après avoir fait les boxes. Elle m’annonce qu’elle aura un peu de retard, je souris et lui dis, ‘moi aussi’.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait de mon sac à dos, suis-je allée le déposer à la gare à l’avance, ou suis-je partie sans rien.

J’ai pris le train pour Rennes. Personne ne m’y attend. En arrivant à Bruz, j’appelle mon grand-père d’une cabine.

D’un ton égal , très peu enthousiaste, il me dit : Ah tu es là, bon, je vais venir te chercher.

 

La cohabitation sera  neutre, la maison est grande, je prendrai mes quartiers au premier, ne les dérangerai pas.

Je suis partie car l’instructeur qui nous enseigne pédagogie et équitation est un crapaud, il monte comme un crapaud, il a un visage blême et insipide de crapaud, et tout chez lui nous évoque la médiocrité.

Peu de temps avant de décider de partir,  je suis passée voir à son club Philippe Karl. 

Une étoile,

 Il est lumineux, son enseignement a de la grâce et sa façon de monter à cheval m’enchante. Il est déjà connu dans le milieu, surtout pour son travail à pied.

Et je l’ai raté. Deux ans auparavant il enseignait au CEZ.

Donc je ne pouvais pas rester.

 

Je vais m’inscrire aux Beaux-Arts, à la rentrée. Je passerai le concours. 

 

Vivre au Manoir, en marge de mes grands-parents  ne m’aide pas à me sentir autrement qu’un bathyscaphe.  Ma grand-mère surgit parfois dans le salon d’en haut pour  constater, elle constate que je mange de la purée à même la casserole, installée dans un fauteuil et les pieds sur une des petites chaise en bois doré si atroces. Elle reste  là, indécise, les yeux fixés sur ma casserole. Je ne sais plus ce qu’elle me dit, sa voix comme une trompette jouée par un sourd, avec des couacs tout le temps.

Elle est brusque , ses yeux bleus glacier ne paraissent jamais donner de chaleur, son menton est comme un petit rempart contre les avanies,  puis parfois elle rit brusquement, en deux coups, mais ça n’a pas l’air si amusant.

Je ne croise pas non plus beaucoup grand-père à ce moment là, je ne suis plus la petite fille à queue de cheval qu’il emmenait sur le motoculteur ou au fond de l’atelier , dans les odeurs de bois et de peinture. Nous somme étranges les uns pour les autres.

 

Il y a déjà eu l’expérience d’une brève cohabitation avec mon frère F, sans doute avec le même sentiment de gène, que faire de ce grand corps tout le temps fatigué,  avalant bouteille d’eau sur bouteille d’eau, c’était quelques années auparavant.  F était tout simplement devenu diabétique brutalement.

 

Alors, a-t-il peur qu’une malédiction ai décidé de jeter dans ses pattes cette progéniture décadente ?

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Rédigé par Planeth

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Publié le 24 Janvier 2013

 

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Hiver 1987

Il ne fait pas très beau, je viens d’arriver pour travailler dans ce lieu perdu dans les pins,

J’ai du mal à faire connaissance avec le maître des lieux, c’est un personnage dont j’ignore le fonctionnement, il y a beaucoup de force qui s’en dégage mais quelque chose qui me met aussi mal à l’aise

 

Je m’approche du bord de la carrière, il doit faire gris, ça sent le sable humide, une odeur blanche. 

Sur une partie du rectangle , M A fait tourner au bout d’une longe un cheval athlétique bai-brun, Klid. 

Il a 9 ans, et est resté vierge de tout dressage jusqu’à ce qu’il arrive ici.   Son caractère de cheval adulte et sa carrure ne permettent pas un débourrage classique. De toute façon ici  rien n’est classique.

 

Au bout de la longe, Klid est frémissant,  être tenu lui déplait, mais son oeil est fixé sur l’homme au centre, il trotte de façon nerveuse, un peu désordonnée, avec ses grandes épaules, son dos magnifique, sa tête anguleuse.

Il s’arrête, comme si un fouet avait claqué mais rien ne s’est passé, je n’ai entendu aucun ordre, je n’ai vu aucune tension sur la longe. Il repart. 

M A utilise son énergie interne , tous les changements d’allure  sont demandés par ce qui émane de lui, de son regard, d’une certaine tension dans le corps, de la respiration.

En fait c’est la première fois que je vois se matérialiser ce flux invisible. 

  La volonté dirigée sur l’animal  est comme un courant qui le conduit. 

L’homme est aussi vibrant que l’animal, l’échange de regard est permanent,

Puis la séance s’arrête et les choses redeviennent normales, le lien corporel entre les deux juste confiant.

 

Cet homme est un vertige, sa volonté de prendre le pouvoir sur l’esprit, 

je suis peu sûre de moi, mais pourtant un entêtement à lutter , à ne rien céder au magnétique.  

je peux résister puisque je sens la volonté  d’avoir un ascendant sur moi.

 

J’ai hérité de la charge de monter Klid,  il me fait peur , mais sur lui, je suis parfois  une autre personne.

Malgré tout, le sortir seule dans les enfilades de pins, sentir qu’il attend la moindre ouverture pour se projeter me recroqueville sur son dos, je ne maîtrise rien. 

Tant qu’on travaille en carrière, en un lieu clos,  je peux m’exercer à  utiliser la maigre énergie que je dirige sur lui, ma respiration, les battements de mon coeur, pour le ralentir, le cadencer, le faire danser. 

Nous chantons, et devons obtenir que le rythme que nous donnons devienne  celui du cheval,   nous projetons une couleur de notre esprit à celui de l’animal, ou des menaces silencieuses, ou des cajoleries,  une énergie douce ou au contraire vivace et impérative.

Voilà l’endroit  où je suis arrivée par hasard.

 

J’y reste à peine trois mois, je dois me sauver,

L’enfermement dans la forêt, dans ce huis-clos de quelques personnes, dans cette petite maison basse, je cogne mon front sur la vitre, je dois sortir, je dois marcher, l’étouffement est physique ,

Ces accès d’asphyxie, c’est la première fois que je les ressens aussi violemment.

Chacun à sa manière exprime les contraintes de cette situation , A P se jette un soir sur sa porte et lui donne des coups de hache, il avait projeté quelque chose sur moi, mais bien sûr je l’ai  repoussé, que puis-je accepter ici qui ne vienne pas exclusivement de ma volonté propre ! 

J A m’envoie des lettres qui arrivent pas trois ou quatre, de grosses liasses , dans le monde de l’utopie, nous sommes rois.

Je me mets à saigner du nez de façon ininterrompue pendant trois jours,  je vais me faire cautériser à l’hopital.

Mon goût de la défaite fait merveille, au premier concours que nous faisons Klid et moi, c’est la débacle, il est en liberté sur un terrain où je ne suis même pas en moi.

Je suis en train de muter, de quitter ma coque d’adolescente attardée, mais dans combien de remous.

 

Premières confrontations à des désirs d’hommes qui s’adressent à une femme et plus à une presque gamine.

 

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Rédigé par Planeth

Publié dans #Boîte à souvenirs